SociétéConfinement et cyberdépendance ne font pas bon ménage

Avatar Catherine Bérubé24 avril 20204 min

La fermeture de tous les établissements scolaires, de la maternelle à l’université, amène un grand nombre d’étudiants et d’étudiantes à devoir s’occuper sans sortir de la maison. Si les jeux vidéo constituent un divertissement de choix en cette période de confinement, des experts redoutent le risque de dépendance.

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C’est notamment l’inquiétude de la spécialiste en activité clinique, conférencière et formatrice cyberdépendance au centre spécialisé en trouble de dépendance Le Grand chemin, Marie-Josée Michaud. « Clairement, ça va allonger le temps d’écran, explique-t-elle. C’est indéniable que chez certains, [la quarantaine] va augmenter le risque de dépendance. » 

Le professeur de psychologie à l’Université McGill et spécialiste en comportements à risque d’addiction chez les jeunes Jeffrey Derenvksy, abonde dans ce sens. « Avoir beaucoup de temps libre comme maintenant, ça peut être un problème », croit-il. Ayant anciennement connu un épisode de dépendance aux jeux vidéo, Matthieu Tardif raconte que son addiction a justement débuté dans une période où il était plus isolé. « [La période de confinement] peut être vraiment dangereuse pour certaines personnes », indique-t-il.

Un trouble reconnu mondialement

En 2018, l’Organisation mondiale de la Santé ajoutait officiellement la dépendance aux jeux vidéo à la Classification internationale des maladies, au même titre que les trouble de dépendances aux drogues et aux jeux de hasard et d’argent. 

Mme Michaud explique que, tout comme ces types d’addiction, la dépendance aux jeux vidéo engendre une obsession mentale ainsi qu’une perte de contrôle. « Ça amène des conséquences fonctionnelles autant au niveau de la santé, des amis, de la famille, de l’école et du travail, explique-t-elle. Toutes les sphères de vie sont affectées par cette dépendance-là. »

D’autres similitudes peuvent être observées avec les autres types d’addiction : « Les individus ont de la difficulté à s’arrêter malgré les conséquences négatives », explique M. Derenvksy. « Ça devient préoccupant et même s’ils aimeraient arrêter, [les personnes dépendantes] ont vraiment de la difficulté, indique-t-il. Ça affecte leur fonctionnement normal. »

« Pour différentes personnes, les jeux satisfont différents aspects psychologiques », dénote M. Derenvsky. Alors que certaines personnes jouent pour se désennuyer, d’autres s’en serviront comme un échappatoire. « Quand la personne joue à un jeu vidéo, elle ne pense à rien d’autre », indique le professeur.

M. Tardif explique pour sa part qu’en jouant beaucoup, il est devenu particulièrement performant. « Les jeux vidéo étaient devenus tellement faciles que je me tournais automatiquement vers ça pour me satisfaire au niveau de mes accomplissements », raconte-t-il. 

« Ça crée beaucoup de récompenses émotionnelles au niveau de la dopamine dans le cerveau, ajoute Mme Michaud. Il y a beaucoup de dopamine qui est sécrétée, qui est l’hormone du plaisir et qui fait en sorte que la dépendance peut s’installer. »

Elle explique que les jeux vidéo sont pensés pour engendrer une surstimulation neurologique, ce qui engendre du plaisir. « Si l’individu continue dans un comportement qui se veut destructeur, c’est qu’à la base, ce comportement-là lui apportait du plaisir », note-t-elle. 

Éviter l’addiction

« La meilleure façon d’éviter la dépendance est d’établir des limites », croit M. Derenvsky. Il suggère d’élaborer un horaire précis de sorte à créer une routine régulière qui inclut des moments d’exercices et de travaux scolaires, par exemple. « Les gens devraient vraiment essayer de modérer la quantité de temps qu’ils passent à jouer à des jeux vidéo en cette période de confinement », explique-t-il. Il mentionne qu’il est plus facile de prévenir la dépendance que de s’en sortir, et que les gens doivent en être conscients dans ce contexte particulier de confinement.

Photo Florian Cruzille | Montréal Campus

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