CultureFilminis : des paroles pour prémunir l’avenir

Avatar Élise Fiola15 mars 20204 min

Entamer un dialogue avec son enfant sur des sujets féministes n’est pas toujours chose facile, et c’est pourquoi les organisatrices du Festival Filministes ont mis sur pied une sélection de films s’adressant aux jeunes de 10 ans et plus, présentée au Cinéma Moderne le samedi 7 mars dernier. 

Dans le cadre des Filminis, un total de cinq films portant à la réflexion et au raisonnement sur différents enjeux féministes ont été diffusés, suivis de causeries animées par Jerome Lessard, un enseignant en classe d’accueil. Souvent très timides, les discussions ont repris les sujets abordés par les oeuvres cinématographiques, tels que l’immigration, le besoin d’appartenance et les traditions et l’hypersexualisation. Certaines adolescentes et jeunes adultes partagent leurs propres expériences alors que d’autres soulèvent des questions spécifiques. De réels échanges d’expériences et d’impressions entre les générations surviennent. 

Seulement une dizaine de spectateurs et de spectatrices, dont environ 5 mineurs  se sont déplacé(e)s pour assister aux projections Filminis. L’une des organisatrices du festival, Soline Asselin, remarque que les parents d’enfants ayant l’âge ciblé ne figurent que très peu dans leur entourage. Selon elle, il s’agit donc d’une difficulté supplémentaire à la promotion de cet événement.

Des sujets élémentaires, mais à la fois peu exposés dans la société sont placés au grand écran dans cet assortiment cinématographique. Le film Super Special d’Ashley Williams dresse notamment le portrait de la honte associée aux menstruations, et la déconstruit. J’aime les filles de Diane Obomsawin traite pour sa part des contrecoups dus au manque de représentativité des types d’orientations sexuelles notamment dans les sphères sociale, médiatique et artistique. 

Les générations à l’unisson

L’animation Something Else, d’Élodie Roy, évoque par le scénario et les images la prépondérance obligée de la sexualité dans le quotidien d’une jeune fille. Le personnage principal est confronté à de multiples connotations sexuelles et montre son envie de s’échapper de ces conceptions. Dans cet univers cauchemardesque, la jeune fille se fraie un chemin vers une chambre où une amie la réconforte : un monde plus paisible qui répond à ses besoins. Suite au visionnement, Sao, 15 ans, mentionne la pression à laquelle les jeunes de son âge doivent faire face. « [Tu ressens une pression] parce que tu ne veux pas décevoir personne, parce que tu ne veux pas que la personne [qui t’intéresse] arrête de te parler parce [qu’avoir des rapports sexuels] ne te tente pas », explique-t-elle. En normalisant la sexualité, le refus, l’abstinence et le désintérêt deviennent aussitôt « anormaux ». Une jeune adulte du public ajoute qu’elle trouve pertinent que Something Else dissocie sexualité et intimité.

Une autre a d’ailleurs renchéri en comparant ce phénomène à ce qu’une personne peut vivre à l’approche de la trentaine. Ce moule qui oblige une personne à se remettre en question et à douter de soi si elle n’est pas rendue au même point que les autres dans sa vie : les questions relatives au fait d’avoir un travail fixe, un logement, une relation amoureuse stable ou des enfants. Cette pression de se conformer aux normes sociales se transforme donc au cours d’une vie, mais resterait omniprésente malgré tout, selon les réflexions intergénérationnelles évoquées.      

La transmission et le partage pour le futur

L’une des spectatrices note que deux des oeuvres cinématographiques, A Celebration de Mahsa Razavi et Names for Snow de Rebecca Thomassie, critiquent de front la transmission dans un contexte de colonialisme. En présentant les divergences culturelles, le sentiment d’appartenance et le besoin d’intégration, ces films ont évoqué chez le public une réelle réflexion. Certaines personnes ont partagé leurs opinions en racontant leurs propres histoires. 

Sylvie a amené sa fille Léonie de 10 ans voir les projections. Elle considère que les Filminis présentent une opportunité pour elle et sa fille de développer leurs opinions dans un cadre collectif, mais à la fois intimiste. Elle ajoute qu’étant d’origine autochtone, il s’agit d’une belle occasion de transmettre une petite partie de sa culture étant donné la présentation du court métrage Inuk Names of Snow.

Avec cet événement, le Festival Filministes propose de partager des expériences et des perceptions sur des enjeux de société afin de les défaire et léguer aux générations futures un milieu compréhensif. Un projet de grande envergure qui commence par de simples discussions, mais qui mènera, espèrent ces femmes, à l’ouverture d’esprit et au respect de l’autre. 

Photo fournie par le festival Filministes

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