CultureUne image vaut mille mots : le cinéma d’animation au Québec

Avatar Marie-Soleil Brault9 février 20205 min

À une époque où le septième art est en ébullition, avec des recettes mondiales s’approchant du 97 milliards de dollars en 2018, le cinéma d’animation québécois reste méconnu du grand public, et ce, même si ces films sont acclamés partout autour du globe. 

L’art du dessin animé est un pouvoir créatif que les Québécois et les Québécoises savent manier d’une main habile, avec un sens de l’avant-garde applaudi par les cinéphiles. « Le cinéma d’animation occupe une place très importante dans notre cinématographie et c’est en partie grâce à cela que le cinéma québécois a commencé à être reconnu à travers le monde », souligne Marco de Blois, directeur artistique du festival des Sommets du cinéma d’animation. Il mentionne aussi que cette reconnaissance s’est bâtie « grâce aux films de Norman McLaren ». 

Les débuts du cinéma d’animation au Québec sont marqués par l’arrivée, à la fin des années 30, de John Grierson, un cinéaste écossais ayant été personnellement invité par le premier ministre du Canada de l’époque, William L. Mackenzie King, pour étudier la cinématographie du pays. Cette décision a mené à la création, en 1939, de l’Office national du film du Canada, mieux connu comme l’ONF. Quelques années plus tard, c’est le natif de Stirling en Écosse Norman McLaren qui sera invité par Grierson pour créer un département d’animation qui fera rayonner les courts métrages locaux. 

À l’international, la reconnaissance et les nominations de plusieurs films animés provenant du Québec sont devenues une fierté indiscutable pour la communauté d’artisans et d’artisanes. L’un de ces prix est un Oscar remporté en 1988 par Frédéric Back pour le court métrage L’homme qui plantait des arbres. Cet artiste d’origine allemande établi à Montréal en 1948 s’est illustré à l’international, notamment grâce à plusieurs nominations et grands prix dans des festivals comme le Festival international du film d’animation d’Annecy et le Festival de Cannes. 

Un parcours animé

L’offre cinématographique étant principalement composée de drames, de comédies et de documentaires, une tendance observée au Québec dans les dernières années, le dessin animé trouve toutefois sa place dans les salles de cinéma. En 2017, le film d’animation attirait en moyenne 16,5 % de l’assistance générale, même si ce genre ne représentait que 6,3 % des nouveautés à l’affiche, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Cependant, parmi toute l’offre audiovisuelle québécoise, autant dans nos salles, que dans les festivals et sur les plateformes Web, les courts et longs métrages animés sont souvent vus comme des films destinés aux enfants, souligne le scénariste et réalisateur Félix Dufour-Laperrière. L’association de ces oeuvres à un public jeunesse peut faire de l’ombre aux créations cinématographiques adressées à une clientèle adulte. 

Des studios comme CarpeDiem Film ont produit des films prisés par le public tel que La guerre des tuques 3D en 2015, ayant remporté le prix Écran d’or Cineplex. Depuis 1995, il s’agit du seul film québécois d’animation ayant été nommé film populaire, selon l’Institut de la statistique du Québec. Récemment, Ballerina, une coproduction franco-québécoise d’Éric Summer et Éric Warin, s’est logée en 3e place du palmarès des films québécois en 2017.  

S’éloignant des réalisations s’adressant à un auditoire plus jeune, d’autres studios comme Unité centrale ont produit le film Ville Neuve, une oeuvre enracinée dans un Québec politique romancé, réalisé par le diplômé de l’UQAM Félix Dufour-Laperrière. Ce long métrage est apparu en 2018 sur les écrans du Festival international du film de Venise dans une catégorie où seulement une douzaine de films de partout à travers le monde avaient été sélectionnés. Cette œuvre composée de 80 000 dessins a aussi été nominée à plusieurs reprises, notamment au Festival du nouveau cinéma et au Festival international du film de Vancouver. 

Une main experte 

Le Canada, et Montréal plus précisément, ont toujours soutenu le pouvoir créatif du cinéma d’animation. « Nous avons une spécialisation, une expertise qui est venue avec la présence de l’ONF, une vraie culture de l’image animée au Québec, mais plus particulièrement à Montréal », souligne le réalisateur et scénariste de Ville Neuve. En revanche, réaliser des films de dessin animé se résume parfois à dépendre d’une source de financement, puisque la réalisation nécessite des sommes astronomiques.  

Pour la production d’un film de 85 minutes dont la création s’étale sur une période d’une année et demie, et ce, avec une main-d’oeuvre d’une cinquantaine de personnes, le coût peut aller jusqu’à plusieurs dizaines de millions de dollars, explique Félix Dufour-Laperrière. La SODEC et Téléfilm Canada fournissent des subventions, mais « il faudrait un guichet spécialisé pour les films d’animation », ajoute le réalisateur. Il souligne également que pour « créer une pertinence de visionnement pour le public général, il faut que ces films puissent aller sur les grands écrans ». 

Ces films sont majoritairement connus et visionnés par un groupe niché. « De par leur petit nombre, [les films animés] sont automatiquement marginalisés et de par la comparaison inévitable avec ce qui se fait aux États-Unis, ils le sont aussi », explique Pierre Blais, animateur radio et critique de cinéma au CKRL. Selon lui, « les films d’animation sont comme la bande dessinée » : existants, appréciés, mais peut-être pas assez encouragés.

Photo : Courtoisie FunFilm Distribution

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