SociétéLes relations irano-américaines décortiquées

Avatar Florent Maiorana7 février 20204 min

Les projecteurs sont actuellement braqués vers l’Iran où les tensions avec les États-Unis s’enflamment. Au début du mois de janvier, la mort du général Qassem Soleimani a suscité de vives réactions au Moyen-Orient. Rencontre avec Victor Bardou-Bourgeois, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire de recherche Raoul-Dandurand.  

Antidote 10

Florent Maiorana (F.M): Le 3 janvier dernier, à Bagdad, le général iranien Qassem Soleimani a été assassiné par une frappe américaine ordonnée par Donald Trump. Comment ce geste a-t-il envenimé les tensions entre les États-Unis et l’Iran?

Victor Bardou-Bourgeois (V.B-B): Premièrement, il faut préciser que c’était un membre haut gradé au sein de la société iranienne. Son équivalent canadien serait peut-être le ministre de la Défense nationale. Étant donné que les États-Unis ont revendiqué l’attaque orchestrée, il aurait été surprenant que l’Iran tolère l’agression. 

Deuxièmement, Soleimani était perçu comme un héros national pour une partie de la population. En ce sens, les jours de deuil national décrétés et les manifestations dénonçant l’attentat ont souligné le fait que les Américains ont sous-estimé son importance.

F.M: Les États-Unis ont affirmé qu’ils ont agi sous le coup d’une menace terroriste imminente à leur égard. Qu’est-ce qui les a menés à soutenir cette accusation?

V.B-B: Ils dénoncent depuis plusieurs mois les différentes attaques contre leurs installations politiques et militaires. Selon eux, c’est une guerre par procuration menée par l’Iran, c’est-à-dire une guerre dirigée par des groupes qui ne portent pas l’uniforme. Cela permet de ne pas clairement identifier les initiateurs de ces actes. 

La mort de Soleimani était une manière, pour l’administration Trump, de dissuader Téhéran d’attaquer.  

F.M: Pourquoi l’Iran a-t-il répliqué en bombardant 22 missiles sur deux bases américaines en sol irakien?

V.B-B: Le message officiel de l’Iran explique que c’était une contre-offensive de légitime défense. Par contre, c’était un bombardement calculé, dans la mesure où aucun soldat américain n’a été blessé ou tué.

F.M: Selon l’Iran, l’avion de la Ukraine international Airlines a été abattu par erreur en plein vol, à Téhéran, tuant 176 passagers, dont 57 Canadiens. Comment ce revirement de situation a-t-il affecté les relations entre les États-Unis et l’Iran?

V.B-B: Cette tragédie est le fruit de circonstances extrêmement tendues. Cela n’a définitivement pas amélioré leurs relations, mais ce n’est pas non plus l’événement majeur qui a dégradé la situation. Cela place plutôt Téhéran dans l’embarras, puisque, même si c’est un accident, il y a eu des centaines de morts en raison d’une négligence qui intervient dans un contexte conflictuel. 

F.M: Comment l’escalade des tensions au Moyen-Orient peut-elle influencer les relations internationales du Canada?

V.B-B: Comme le Canada est l’allié des États-Unis, il n’a pas le choix de se joindre à la coalition américaine, afin d’assurer la sécurité et d’en tirer des avantages commerciaux, par exemple. Cela implique qu’il faut supporter, à un certain degré, les politiques de notre voisin.  

F.M: Quelles sont les possibilités d’une éventuelle guerre à l’échelle mondiale?

V.B-B: L’éventualité d’un conflit mondial demeure restreinte. On peut toujours faire face à une prise de décision erronée : c’est le fameux brouillard de guerre. De plus, Donald Trump a promis de se retirer de ce type de guerre sans fin. Ce ne serait donc pas judicieux, d’un point de vue électoral, de s’engager dans un combat. 

Alors que le président Trump fait lui-même face à une procédure de destitution pour abus de pouvoir, M. Bardou-Bourgeois évoque un paradoxe. La frappe contre le général Soleimani semble prouver qu’en matière de politique étrangère, la présidence américaine peut « se comporter de manière quasi impériale », et ce, sans que la société ne remette en question cette force d’action.

Photo Shutterstock

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