CultureLe militarisme canadien en images

Avatar Julien Lachapelle4 novembre 20194 min

La Galerie de l’UQAM présente, jusqu’au 25 janvier 2020, l’exposition Emmanuelle Léonard. Le déploiement qui retrace les moments forts de l’artiste en résidence dans le Haut-Arctique, alors qu’elle accompagnait des militaires dans le cadre du Programme d’arts des Forces canadiennes en 2018. 

Titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM depuis 2002, la photographe Emmanuelle Léonard exhibe les moments forts de ses deux semaines passées dans cette région nord-américaine. Elle a monté l’exposition, avec l’aide de la directrice de la galerie Louise Déry, à partir d’images qu’elle a prises elle-même. « C’est mon médium [sic] depuis que j’ai l’âge de 14 ans. J’ai été formée en photographie », explique Mme Léonard. Les visiteurs et les visiteuses pourront y voir des clichés montrant la région, des portraits de certains Rangers inuits et les militaires en action.

Plus précisément, le visuel présenté communique le travail quotidien des militaires canadien(ne)s dans la région, les conditions de vie ardues ainsi que l’apport des Rangers inuits. Ce groupe garantissant la protection des forces militaires canadiennes dans le Nord et dans d’autres régions éloignées a aidé ces hommes et ces femmes dans l’apprentissage de la survie au froid intense. 

La chimie entre les deux groupes est flagrante, notamment dans la photo nommée Rangers et Soldat, où deux rangers et un soldat très rapprochés sont recouverts d’un manteau et bravent le froid. Certaines photos peuvent toutefois être difficiles à observer, comme En attendant le Twin Otter qui met de l’avant plusieurs militaires complètement gelé(e)s, recouvert(e)s de la tête au pied avec un cache-cou couvrant leur bouche. 

« La sélection des oeuvres s’est faite de manière à ce que chacune d’entre elles s’autoraconte selon la voisine », explique Louise Déry, qui a travaillé sur ce projet avec Emmanuelle Léonard pendant deux ans. D’après elle, une exposition doit ressembler à un face à face entre deux individus. 

Filmer le quotidien du groupe

En plus des photos, plusieurs vidéos filmées par Emmanuelle Léonard s’attardent  au quotidien de ces militaires. Deux d’entre elles, jumelées pour créer un grand rectangle audiovisuel qui prend un pan entier de la Galerie, offrent un aperçu d’une journée complète de travail des militaires et des Rangers inuits dans le cadre de  l’Opération Nunalivut

La vidéo montre que la troupe pouvait se retrouver dans une situation critique en quelques secondes, comme elle pouvait rester inactive sur la base militaire pendant plusieurs heures. « Je m’intéresse à tout ce qui concerne le travail et ce qui y est relatif comme le temps et les gestes », explique l’artiste de 48 ans. 

De l’autre côté de la Galerie, une courte oeuvre vidéo intitulée Une nuit en septembre, Salluit – Deception Bay expose les relations entre les militaires, les chercheurs et chercheuses scientifiques ainsi que les représentants et les représentantes des compagnies minières qui ont collaboré avec les Inuits du Nunavik. Ils et elles parlent avec une passion remarquable de la difficulté de travailler dans des conditions de froid aussi intense.

Résidence en Colombie

Pour compléter l’exposition, Emmanuelle Léonard présente une résidence qu’elle a effectuée en Colombie en 2019. Affichée dans un petit espace de la Galerie, il est possible d’y voir plusieurs images intéressantes, comme la Mine de sel de Manaure, La Guajira, Colombie et la Base militaire du Batallón Ayacucho de l’Ejército Nacional de Colombia, Cerro Guali présentées naturellement avec une belle vue éloignée. 

D’autres archives plus troublantes permettent d’y voir la souffrance de certains travailleurs, comme la vidéo où il est possible de voir un mineur colombien pelleter du sable pour en créer des dunes. L’ajout du travail réalisé durant cette résidence en Colombie montre un parallèle intéressant avec la résidence de l’artiste dans le Haut-Arctique, vue la passion des personnes filmées à travailler et à se surpasser malgré les conditions météorologiques particulières.

L’exposition Emmanuelle Léonard. Le déploiement réussit à plonger le public au coeur des voyages que l’artiste a faits au cours des deux dernières années. « Ça nous permet de voir la réalité dans une certaine forme d’objectivité. En même temps, on sent qu’[Emmanuelle] a de l’empathie pour les sujets qu’elle filme », affirme la commissaire, Louise Déry. L’exposition, réalisée en toute simplicité, est présentée à la Galerie de l’UQAM jusqu’au 25 janvier prochain.

photo: FLORIAN CRUZILLE MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *