CultureFestival du nouveau cinémaFNC 2019 : une immersion saisissante des frères Dardenne

Avatar Pierre-Luc Mongeon2 novembre 20193 min

Victime de ses propres convictions religieuses, le jeune Ahmed voue son séjour au pénitencier à Allah, et ce, avec la ferme intention d’accomplir un crime dans une bouleversante réalisation de 80 minutes des frères Dardenne.

Dans Le jeune Ahmed, Jean-Pierre et Luc Dardenne présentent un thème plutôt délicat aux saveurs humanistes, s’éloignant de tout discours moraliste. Alors qu’il n’est qu’adolescent, Ahmed, un jeune musulman belge, agit dans la voie haineuse de son imam. Déboussolé et convaincu de la rationalité accrue de celui-ci, le garçon s’inspire de vides paroles pour commettre un acte impardonnable auprès de Mme Inès, son enseignante qui l’a aidé à surmonter sa dyslexie. 

À la suite de sa radicalisation, sa gentille éducatrice n’a pas d’importance pour Ahmed : il refusera même de lui serrer la main et de la remercier pour son appui continuel. Pour lui, il est impensable d’entretenir un bon lien avec une femme qui fréquente un homme juif.

Interprété par Idir Ben Addi, Ahmed est un personnage peu convaincant. Il manque de crédibilité dans certains moments majeurs du film, notamment, lorsqu’il tente de commettre son crime. Les frères Dardenne ont l’habitude de sélectionner des acteurs et des actrices sans expérience pour leurs films. Dans ce le cas de ce film, ce fut clairement une lacune parce que l’élément déclencheur n’a pas la puissance qu’il aurait dû communiquer. Malgré tout, la timidité de l’acteur s’épouse au personnage d’Ahmed et celle-ci est généralement bien exprimée.

L’extravagance visuelle des frères Dardenne

Les réalisateurs belges ont conservé dans Le jeune Ahmed leur style cinématographique priorisant une caméra mobile. Les mouvements constants de caméra à l’épaule impliquent directement le public dans le récit minutieusement concocté par Jean-Pierre et Luc Dardenne. Les plans-séquences dynamiques, à travers lesquels les réalisateurs présentent les différents emplacements du film, sont également bien agencés.

Dans ce long métrage, la caméra suit le personnage dans sa vie privée et le talonne dans ses aventures. C’est une tendance de la filmographie des frères Dardenne qui est utilisée à bon escient dans le film. Par moments, la caméra plonge le public dans l’intimité religieuse d’Ahmed. Plus tard, les spectatrices et les spectateurs suivent les tentatives de fuite du garçon. Tout bouge, rien n’est fixe.

Les réalisateurs présentent un quotidien banal, parfois long, mais tout de même captivant. Ces séquences sont toutefois nécessaires à l’évolution du récit, car c’est lors des moments les plus inattendus que le film devient poignant. 

L’attachement paradoxal du personnage

Ahmed est, certes, menaçant par ses pensées extrémistes, mais d’une naïveté rassurante. Lorsqu’il se présente chez son éducatrice avec cette funeste idée autour de laquelle tourne le récit, il y a, au fond du personnage, une petite voix qui lui indique qu’il se prépare à commettre quelque chose d’impardonnable.

Alors qu’il refusait de travailler à la ferme proposée dans le cadre de son programme de déradicalisation scolaire, Ahmed s’intéresse à cet endroit qui lui permet de découvrir qui il est réellement : un doux personnage hanté par nul autre que lui-même. Sa relation avec Louise, la fille des propriétaires, n’évoluera pas dû aux avances indiscrètes et envahissantes qu’elle lui fait. Un peu d’humour est de mise lorsque le garçon, répugné par le fait d’être impur, se désinfecte la bouche de fond en comble dans la salle de bain après avoir été embrassé par Louise.

Ce film est captivant dans son ensemble. L’imprévisibilité d’Ahmed suscite constamment une intrigue au récit. Fidèles à eux-mêmes, les frères Dardenne ont produit un film déchirant en émotion par l’entremise d’une sublime réalisation. Le jeune Ahmed a remporté le prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2019, et a été sélectionné dans une dizaine de catégories lors du même événement.

Photo fournie par le FNC

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