SociétéPour une éducation anti-oppressive

Avatar Marie-Ève Buisson13 octobre 20195 min

L’hétéronormativité est souvent transmise par le corps professoral dans les écoles. Même si les enseignants et les enseignantes souhaitent aborder les questions LGBTQ+ avec leurs élèves, ils et elles font face à plusieurs obstacles institutionnels, tels que le manque d’outils et de connaissance.

Selon la sociologue et autrice de l’essai Hétéro l’école? Plaidoyer pour une éducation antioppressive à la sexualité, Gabrielle Richard, l’hétéronormativité est le fait de séparer les personnes en deux catégories; hommes et femmes, et de les considérer nécessairement complémentaires, donc hétérosexuelles. Elle poursuit en précisant que c’est « le fait de considérer que ces catégories genrées “ font sens”, c’est-à-dire « qu’elles offrent des outils efficaces pour penser le monde social ».

Selon elle, l’école peut faire preuve d’hétéronormativité dans les contenus scolaires, dans les échanges formels, dans les règlements ou même lors d’activités parascolaires, telles que le bal des finissants et des finissantes. Elle peut aussi transmettre des idées hétéronormées dans la manière d’enseigner aux futurs enseignants et enseignantes du primaire et du secondaire.

Manque de connaissance

Les cours de sciences offerts au baccalauréat en éducation des sciences au secondaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), sont suivis avec d’autres élèves de différents programmes.  « Quand j’ai des cours d’anatomie humaine, c’est un biologiste qui donne la matière et je suis ce cours avec des gens qui font un baccalauréat en biologie », explique une étudiante du baccalauréat en enseignement des sciences du secondaire de l’UQTR, Elisabeth Yelle. Selon elle, il est normal que les biologistes n’expliquent pas comment enseigner la science de façon anti-oppressive. 

L’anatomie humaine est souvent montrée de façon binaire. C’est ce que déplore une autre étudiante du même baccalauréat en enseignement, Jeanne Bournival. « En ce moment on voit c’est quoi le système reproducteur chez la femme et chez l’homme, mais on n’aborde pas du tout l’intersexualité. Ce n’est pas dans le programme », ajoute-t-elle.

Gabrielle Richard explique dans son essai que cette idée, selon laquelle il n’y aurait que deux sortes de corps, va de pair avec la présomption de l’hétérosexualité « dans la mesure où les corps femmes et mâles sont compris comme complémentaires dans la copulation à visée reproductive ».

L’éducation sexuelle pas obligatoire

En 2018, un nouveau programme d’éducation sexuelle a été mis en place dans les écoles de la province. Celui-ci ne fait pas l’unanimité, puisqu’il ne donne pas de directives claires aux enseignants et aux enseignantes.

« On ne sait pas sur quel pied danser avec l’éducation à la sexualité : devrait-elle faire l’objet d’un cours ou être abordée de façon transversale? Devrait-elle être à la charge d’un.e enseignant.e formé.e sur le sujet, d’un.e sexologue scolaire, ou encore incomber aux intervenant.es d’organismes communautaires », se questionne Gabrielle Richard, précisant qu’en l’absence d’une ligne directrice claire, « on ne peut pas s’étonner que les programmes de formation des maîtres maintiennent le statu quo ».

Selon Jeanne Bournival, puisque le programme ne vise personne au niveau des enseignants et enseignantes, ils et elles ne sentent pas l’obligation de livrer cette matière. « Honnêtement, quand tu n’es pas obligé de faire quelque chose et que ce n’est pas quelque chose qui te passionne, tu ne vas pas le faire ou tu vas le bâcler un peu », donne-t-elle comme exemple. Selon elle, les universitaires ne sont pas assez outillés pour enseigner l’éducation sexuelle. 

« En ce moment, je suis sûre que j’ai des collègues qui ne savent même pas qu’il y a un programme d’éducation sexuelle au Québec, lance-t-elle. Commencer à parler de transgenrisme quand tu ne sais même pas ce que c’est, c’est quasiment mieux de ne pas en parler que de dire n’importe quoi », avoue Mme Bournival. 

Pour Elisabeth Yelle, il est difficile de trouver le temps d’enseigner l’éducation sexuelle à ses élèves alors qu’elle doit déjà donner beaucoup de matière en peu de temps. « Je me vois mal mettre [l’éducation sexuelle] dans un cours de science. J’ai juste 60 cours à donner, il faut donc que je coupe quelque part ou que j’enlève de la matière qui ne va pas faire partie de l’examen final », confie-t-elle.

Selon Mme Richard, l’éducation sexuelle ne devrait pas être la seule chose à enseigner pour rendre l’école anti-oppressive. « Les baccalauréats en enseignement devraient réfléchir de manière critique sur les normes et les rapports de pouvoir, propose-t-elle. Au lieu de former les futur.es maîtres à tous les types possibles de diversité, l’objectif devrait être de les amener à essayer de comprendre les mécanismes communs à différents rapports de pouvoir et à faire des rapprochements entre différentes sphères de l’expérience scolaire ».

photos: FÉLIX LEBEL MONTRÉAL CAMPUS

 

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