SociétéL’équipe féminine de soccer des Citadins cobaye afin de mieux comprendre les commotions cérébrales

Justin Vézina29 avril 20195 min

Une équipe de recherche de l’École de technologie supérieure (ÉTS) a mené au début de la saison d’automne une étude sur les blessures à la tête auprès de quatre équipes de soccer, dont l’équipe féminine des Citadins de l’UQAM, et a relevé chez elles une omniprésence de traumatismes crâniens.

La candidate au doctorat en génie Caroline Lecours, supervisée par deux chercheurs du Département de génie mécanique de l’ÉTS, a tenté de mieux comprendre la place des commotions cérébrales au soccer en analysant le nombre d’impacts, leur force et, surtout, les effets du ballon lorsqu’il entre en contact avec la zone crânienne.

Les sports de contacts comme le football, le hockey et la boxe sont souvent associés aux commotions cérébrales. Le soccer est de son côté négligé dans les débats sur les sports à risques, même si la tête est une partie du corps utilisée fréquemment.

L’expérience imaginée par Caroline Lecours dans le cadre de sa maîtrise consistait à placer un bandeau de capteurs sur la tête des joueurs et des joueuses de soccer de formations féminines et masculines. L’équipe féminine de l’UQAM a porté ce dispositif lors des matchs préparatoires de la saison d’automne 2018. Ce bandeau permettait de calculer la puissance d’un choc en g, unité de mesure de l’accélération, lors d’un contact entre la tête et une autre surface, que ce soit le ballon, le sol ou une adversaire. Il a aussi été possible, grâce à un gyroscope, un capteur placé dans le bandeau, de noter l’angle de la tête lors du choc.

Un long processus

L’équipe de recherche a d’abord assuré une présence sur les lignes de côté. Elle a mesuré, en direct, l’activité électrique du cerveau grâce à un examen appelé électroencéphalogramme, après chaque entraînement et chaque match. Puis, avec ces données compilées au fil de la saison, elle a pu observer l’impact des contacts sur les athlètes.

Photo fournie par Triax Technologies inc. 2016.

« Avec les filles de l’UQAM, on apportait le SKYi [un petit ordinateur conçu pour ce genre d’expérience] qui communiquait directement avec les capteurs [des bandeaux]. Donc, nous voyions qu’une telle accélération avait été subie », explique Caroline Lecours. C’est ensuite l’interprétation du choc par les la chercheuse et les chercheurs qui pouvait mener à une intervention des physiothérapeutes.

Selon le professeur du Département de génie mécanique de l’ETS Éric Wagnac, qui a supervisé l’étude, l’un des résultats surprenants est « que ce sont les accélérations rotationnelles [du cou] qui sont surtout présentes au soccer. On se rend compte qu’elles ont un effet plus grand sur le risque de commotion que les accélérations linéaires. »

Au football, par exemple, on retrouve surtout des mouvements de translation, qui sont en soi un peu moins à risque. Cependant, un mouvement n’est jamais totalement angulaire ou linéaire.

Le traumatisme crânien cérébral, mieux connu sous son ancienne appellation de commotion cérébrale, peut survenir à des moments plus aléatoires. Caroline Lecours mentionne que la musculature du cou, le poids, la position de l’athlète lors d’une tête, la technique, la pratique et la force du ballon sont plusieurs des facteurs qui peuvent influencer l’apparition de symptômes de commotions cérébrales. « Ça n’a pas besoin d’être [un contact] violent », ajoute Mme Lecours.

Selon le nombre de chocs subis a priori par la joueuse ou le joueur, ces facteurs expliquent pourquoi « [il ou elle] va faire une tête qui semble anodine et va avoir une commotion. On semble prédisposer le cerveau à avoir des commotions », avance M. Wagnac.

De la théorie à la pratique

La Clinique physio plus de l’UQAM, dont les employés et employées accompagnent les équipes sportives de l’UQAM lors des rencontres, a un protocole clair dans les cas de commotions cérébrales, où les thérapeutes questionnent la personne blessée et lui font passer un test SCAT en cas de doute. Le SCAT est un examen comportant plusieurs questions pour tester différentes zones du cerveau et la mémoire à long et à court terme. Ce contrôle se fait directement dans le vestiaire et prend une dizaine de minutes. « Nous avons une mesure de base, et si au bout de quelques questions nous avons un doute sur le joueur, on lui refait passer un test [SCAT] et on compare avec sa mesure de début de saison », dit le thérapeute sportif des Citadins Karl Falardeau.

Quand les thérapeutes interviennent et conseillent le retrait d’un joueur ou d’une joueuse, les entraîneurs et entraîneuses sont dans l’obligation légale d’appliquer cette décision.

L’effet de ces chocs peut être insidieux. « Il peut survenir 5, 10, 20 ans plus tard », observe Caroline Lecours, et peut se traduire en maladies neuro-dégénératives. Malgré que « rien n’est encore scientifiquement prouvé », Caroline Lecours rappelle qu’il y aurait un lien de causalité très fort entre ces maladies et les cas de récidives de commotions cérébrales. Donc, « tout pointe en cette direction », selon elle.  

Photo fournie par Caroline Lecours

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *