CultureL’université dans la rue avec Simon Harel

Avatar Félix Pedneault4 avril 20184 min

Il donne rarement ses séminaires en classe. C’est plutôt dans les rues de Montréal, à bord de son camion à la fine pointe de la technologie, qu’il part avec ses étudiants à la recherche de récits et de réflexions. Sortir la recherche universitaire du cadre établi, voilà l’objectif du professeur Simon Harel.

Antidote 10

« Je mène des séminaires de recherche sur le terrain qui sont associés à des problématiques actuelles, comme les enjeux de la fête ou même de l’hyperfestivité dans le Quartier des spectacles », raconte M. Harel, qui a enseigné à l’UQAM, son alma mater, de 1989 jusqu’en 2011.

Le Laboratoire sur les récits du soi mobile (LRSM) est né en 2011 de l’esprit de Simon Harel. Professeur de littérature comparée, il est titulaire de ce laboratoire de l’Université de Montréal où se rencontrent l’urbanisme, la littérature, le cinéma, la médecine ou encore la musicologie.

Lorsqu’il s’aventure en ville avec ses étudiants, M. Harel déploie tout l’attirail technologique de sa camionnette, dans laquelle ses étudiants et lui font des enregistrements et du montage, mais aussi des projections cinématographiques. Simon Harel l’utilise personnellement pour tenir ses séminaires en plein air avant d’envoyer ses étudiants récolter des témoignages auprès de la population.

En sortie, les étudiants arpentent les rues, armés de caméras GoPro, de cellulaires, d’enregistreurs numériques ou de caméras. « C’est un travail de terrain qui se rapproche de ce qui se faisait en sciences sociales, comme en anthropologie, en sociologie et même un peu en journalisme ! », explique le professeur, qui veut que l’approche cinématographique ou littéraire de ses étudiants s’inspire des récits qu’ils recueillent lors de leurs explorations.

Des idées au service de tous

« L’université de demain ne peut être encabanée, croit fermement M. Harel. À ce jour, elle demeure élitiste et le monde ordinaire y circule peu. Dans le monde des arts et des lettres, on peut se permettre de changer le rapport au savoir. » Cette opinion, qui diffère de ce qui se fait en recherche universitaire, a cheminé dans l’esprit de Simon Harel à un moment où il « s’ennuyait un peu comme professeur ».

Il voulait éviter « le danger du confort et de la répétition », explique-t-il. Il pensait se déstabiliser en poussant ses recherches dans la rue.

« On fait des rencontres surprenantes et on intéresse les gens au travail universitaire », raconte l’ancien coordonnateur du LRSM, Frédéric Dallaire-Tremblay, qui a fondé le projet avec M. Harel. M. Dallaire-Tremblay, avant de quitter le laboratoire pour entreprendre son postdoctorat, a mené les recherches pour acheter le camion du laboratoire et l’équiper de plusieurs outils multimédias.

« Simon est un rêveur, il aime créer des événements qui sortent de l’ordinaire, témoigne M. Dallaire-Tremblay. Par exemple, il a organisé des journées universitaires au Café Cléopâtre, un bar de danseuses situé sur le boulevard Saint-Laurent, pour en apprendre davantage sur leur univers », raconte-t-il en affirmant que Simon Harel rend possible ce qui peut d’abord sembler saugrenu.  

M. Harel ne recule devant rien, mais est aussi un professeur demandant. « Quelqu’un d’aussi enthousiaste s’attend à ce qu’on affronte les défis avec la même énergie que lui. Alors, on devient aussi exigeant envers nous-mêmes qu’il l’est envers lui-même», affirme Frédéric Dallaire-Tremblay.

Ce qui inspire le plus M. Harel, ce sont les rencontres que créent le Laboratoire des récits du soi mobile. « C’est fascinant comme certaines personnes qu’on interroge font de la poésie sans le savoir. Seulement dans leur façon de s’exprimer », croit-il.

Le plus gros obstacle de Simon Harel demeure le financement. « Le Laboratoire est à la croisée des disciplines. Il est donc dans une impasse de financement, surtout du côté des fonds de recherche pour les programmes, car la recherche-création se fait par discipline avant tout », déplore-t-il.

« On ne fait pas dans la pérennité. On change de quartier au fil des projets. Ce sera peut-être Montréal-Nord, Verdun ou nulle part si on est tanné », explique M. Harel, qui œuvre actuellement dans l’arrondissement d’Outremont sur la construction du nouveau campus de l’Université de Montréal.

S’il avait un message à passer, Simon Harel voudrait que les étudiants de l’UQAM « se sentent les bienvenus au LRSM ». « L’université est soumise à des règles bureaucratiques et ministérielles, mais la force de Montréal, c’est que l’université y est partout », affirme-t-il, convaincu de la créativité et de la motivation des élèves qui le rejoignent dans son projet.

photo: ARCHIVES MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *