SociétéApprendre le français, une porte vers l’implication

Avatar Laurence Thibault4 avril 20184 min

Dans les couloirs agités du centre de francisation Yves-Thériault, les conversations en espagnol, en arabe et en portugais se mêlent au brouhaha ambiant. Malgré la variété des 62 langues maternelles, l’objectif commun des étudiants, dont Ana Karina Nunez Garcia, est l’apprentissage du français.

L’année dernière, Ana Karina Nunez Garcia a pris une grande décision : celle de suivre des cours de français afin d’obtenir un meilleur emploi. L’entrepôt de cosmétiques où elle travaillait n’avait plus besoin d’autant d’employés. Mme Nunez Garcia s’est retrouvée soudainement au chômage.

Aidée par un ami, elle choisit le centre Yves-Thériault, dans le nord-est de Montréal, qui accueille près de 1 200 élèves par session. La Dominicaine à l’allure soignée saute sur l’occasion pour améliorer son écriture et perfectionner son vocabulaire, encouragée par sa mère qui lui disait : « Ana, c’est maintenant ou jamais ».  

Elle est arrivée au Québec en mars 2010 avec son frère et sa soeur. Sa mère, qui y a immigré trois ans plus tôt, incite ses enfants à apprendre la langue de leur terre d’accueil. « Lorsqu’on est arrivés ici, on est allés apprendre le français avec son ami haïtien, qui donnait des cours à domicile », se remémore Mme Nunez Garcia. C’est surtout son milieu de travail qui l’a aidée dans son apprentissage, car elle devait converser en français avec les employés.

Malgré sa crainte de la nouveauté, elle est consciente des défis qui l’attendent. Lors de son test d’entrée au centre Yves-Thériault, en mai 2017, la jeune femme se classe au niveau intermédiaire. « J’étais surprise, car à ce moment-là, je ne conjuguais pas les verbes. Je parlais tout le temps au présent », se souvient l’étudiante.

À son arrivée au centre, Ana fait la connaissance d’amis ukrainien et russe. Elle retrouve en ses nouveaux camarades le même désir de s’appliquer à l’apprentissage du français. « Quand on travaillait en équipe, Ana était vraiment motivante. C’est une personne très travaillante et intelligente », raconte Alen Babin, qui se souvient bien de leur rencontre.

La Dominicaine a de très bonnes relations avec les professeurs dès son arrivée. Elle constate que les plus sévères sont ceux qui la motivent le plus à se dépasser. Mme Nunez Garcia ne se laisse donc pas démoraliser par son principal défi, l’écriture.

Implications scolaires

En plus de suivre près de 30 heures de cours par semaine, la jeune femme de 27 ans s’implique énormément au centre de francisation. Elle est notamment la présidente du conseil d’élèves de jour depuis l’automne 2017. « Il y a un conseil de jour et un conseil de soir parce que les besoins ne sont pas les mêmes. Les quatre élèves siègent sur le conseil d’établissement », explique la directrice du centre Yves-Thériault, Caroline Boucher.

Cette dernière décrit Ana comme une présidente « positive, impliquée et très constructive ». Déterminée, la jeune femme a réussi à faire ajouter un cours d’écriture le matin, une demande que les étudiants lui avaient faite.

Les murs des longs corridors sont remplis d’affiches d’inscription aux activités en ce début de session. Zumba, salsa, conditionnement physique se succèdent à l’heure du dîner et Ana, pleine d’énergie, veut participer à tout sans pour autant mettre de côté ses travaux.

Avec deux enfants de quatre et cinq ans, son horaire est bien chargé. Son mari, qu’elle a rencontré en République dominicaine, l’aide constamment. Ils parviennent à organiser leur horaire même si le père, en plus de son travail à temps plein, vient tout juste de s’inscrire au cours du soir au centre de francisation.

Moins d’un an après son inscription, elle se dit fière de ses accomplissements. Grâce à sa persévérance, elle a atteint le plus haut niveau d’apprentissage offert par le centre.

Ana Karina Nunez Garcia, la tête pleine de projets, souhaite continuer de perfectionner son français et être admise au cégep. « Mon mari me dit que je devrais être avocate, que c’est ma nature, mais je ne suis pas certaine encore », dit-elle avant de s’esclaffer.

photo: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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