À la uneCultureEntre électricité et danse : la musique du thérémine

Avatar Guillaume Whalen1 février 20184 min

Le thérémine, cet ancêtre des instruments électroniques, rappelle une voix de soprano chantée dans une grande classe lyrique. Bien que cet instrument est devenu aujourd’hui un artéfact oublié, il suscite encore de l’intérêt chez les mélomanes avides de sons nouveaux.

URSS, 1919. À la suite d’expérimentations avec l’antenne d’une radio, Lev Sergueïevitch Termen, dit Léon Theremin, découvre que son corps bouleverse le signal que reçoit l’antenne.

Il a ainsi l’idée de faire de la musique grâce au champ électromagnétique. Le jeu repose sur une antenne avec laquelle la main droite joue, ce qui perturbe la hauteur de la note. La main gauche joue quant à elle avec la dynamique sonore. L’interprète agite donc ses mains dans le vide comme s’il dirigeait son instrument à la manière d’un chef d’orchestre.

Pour le multi-instrumentiste québécois Nicolas Jobin, le thérémine est unique en son genre. « C’est un instrument qui rappelle énormément la voix humaine. En fait, c’est une voix humaine idéalisée qui rappelle les plus grands solistes vocaux pouvant aller à des notes situées dans les abysses de la portée jusqu’à un registre très aigu », explique Nicolas Jobin.

Cet artiste, grand amateur des compositeurs contemporains américains, explique qu’il lui a été très difficile d’apprendre le thérémine, car l’instrument demande une oreille musicale aguerrie. « À la manière du trombone avec sa coulisse, le thérémine exige une immense mémoire corporelle pour savoir où jouer les notes », renchérit-il.

Dans les années 60, la culture émergente du psychédélisme a mené des musiciens à découvrir de nouveaux sons. La musique était alors en quête d’exotisme et cherchait à être plus écoutée que dansée.

La première utilisation connue du thérémine dans la musique populaire repose sur la chanson Good Vibrations des Beach Boys sortie en 1966, indique Nicolas Jobin.

Le groupe Led Zeppelin, lui, a intégré le thérémine dans ses interludes psychédéliques empreints de la fougue du hard rock dans les morceaux Dazed and Confused et Whole Lotta Love.

Pour les cinéphiles, le son du thérémine est souvent utilisé par les compositeurs de musique de film des années 30 et 40 pour évoquer l’angoisse, la souffrance et la folie des drames psychologiques.

« Dans les années 50, la science-fiction, qu’elle soit hollywoodienne ou de série B, utilisera si abusivement cet instrument qu’il deviendra cliché », explique le professeur en composition de musique de jeux vidéo et de films à l’UQAM Mathieu Lavoie. Sorti en 1951, le film The Day the Earth Stood Still, qui raconte une visite extra-terrestre impromptue, en est un bon exemple.

« Il y aura ensuite un déclin de popularité, son usage ayant mal vieilli. Néanmoins, ce son dans le cinéma devient une sorte d’hommage à la science-fiction comme a fait le compositeur Danny Elfman dans le film Mars Attacks! de Tim Burton sorti en 1996 », affirme-t-il.

Malgré sa grande complexité, cet instrument peut se vanter d’être le seul à avoir ce son si singulier, jusqu’en 1928, où un Français du nom de Maurice Martenot décide de simplifier le fonctionnement de l’instrument en inventant les ondes Martenot.

La fragilité et la sensibilité requises dans l’interprétation d’une œuvre au thérémine s’évapore par le clavier présenté dans les ondes Martenot. Une note est dorénavant obtenue en appuyant sur une touche. Pour certains, l’accessibilité des ondes Martenot a rendu l’instrument plus attrayant que le thérémine. Les artistes ne juraient plus que par les ondes Martenot pour retrouver cette musique si caractéristique.  

Le guitariste et multi-instrumentiste du groupe Radiohead, Jonny Greenwood, résume bien cet engouement dans une entrevue accordée au journal britannique The Independant en 2003. « Les ondes Martenot sont en fait un thérémine sophistiqué grâce à sa meilleure palette de couleurs offertes. Sans rien lui enlever, le thérémine est devenu pour moi un jouet », explique le célèbre musicien.  

« Malgré tout, les ondes Martenot ne suscitent pas la fascination et le côté exceptionnel du thérémine qui est de jouer dans le vide », rappelle le docteur en composition Mathieu Lavoie.

De nos jours, les groupes friands d’éclater les genres musicaux voue un amour particulier au thérémine. Bien qu’ils n’utilisent plus l’instrument authentique, ces groupes composent avec des versions évoluées du thérémine disponibles sur ordinateur et même sur iPad.

 

photo : LAURENCE MEUNIER-DUBÉ MONTRÉAL CAMPUS

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