À la uneUQAMLa honte UQ

Avatar Isabelle Grignon-Francke13 décembre 20173 min

Le financement malmené de notre UQAM de briques et de corridors sombres est d’imputabilité publique, mais dépend également de l’entreprise privée. Le réseau des Universités du Québec accuse un retard de financement public et caritatif sur les autres universités québécoises. L’ensemble des budgets universitaires au Québec récolte près de 8 % de ses revenus de dons de fondations, d’entreprises privées ou de subventions non gouvernementales.

Le réseau des Universités du Québec (UQ) est, pour sa part, boudé par les philanthropes. En 2011, le réseau UQ estime qu’il n’a touché que 2 % des 1,2 milliard de dollars de l’argent engrangé cette année-là par les universités québécoises. Une enveloppe gonflée par les surplus et les fonds de dotation, soit les profits faits sur les placements financiers des dons de particuliers.

L’UQAM n’est pas la seule université à se battre pour l’obtention d’un meilleur financement. L’ensemble du réseau des Universités du Québec, dont font partie l’Université du Québec à Rimouski, à Chicoutimi et à Trois-Rivières, par exemple, souffre d’une difficulté à collecter des fonds extragouvernementaux.

Comment rivaliser avec le mastodonte anglophone de McGill quand celui-ci se fait offrir la coquette somme d’un milliard de dollars par année de la part d’entreprises et de particuliers? Les dons récoltés par l’UQAM entre 2014 et 2016 représentent un peu plus de 3 % de ce que McGill a touché pendant la même période.

Des étudiants sont donc arbitrairement favorisés ou défavorisés dans un jeu de popularité où les établissements sondent les poches les mieux garnies de leurs diplômés. Cette privatisation d’une certaine partie du financement universitaire met en péril l’accessibilité à une instruction supérieure reconnue.

Les institutions du réseau UQ ont été créées dans l’objectif de former une population francophone qui accusait un retard considérable sur ses confrères anglophones. À la suite du rapport de la commission Parent, une loi est votée à l’Assemblée nationale en 1968 pour favoriser l’accessibilité aux études supérieures des Québécois francophones.

En 1960, moins de 10 % des jeunes francophones de 18 à 21 ans étaient inscrits à l’université, contre 17 % pour les Québécois anglophones. Quelque cinquante ans plus tard, la scolarisation des francophones tire toujours de la patte. En 2006, 31 % des anglophones de 25 à 44 ans ont un grade universitaire; un peu plus de 22 % des francophones ont la même chance.

La qualité de l’enseignement supérieur et les possibilités de participation à des projets de recherche de grande ampleur dépendent des fonds universitaires. Or, l’accumulation d’argent privé discrimine le réseau des universités publiques.

Sans solution à cette impasse, c’est la valeur même du baccalauréat d’une université qui vaudra plus que le diplôme d’une autre. Dans la pensée populaire, un baccalauréat en droit à l’UQAM ne reçoit pas le même accueil dans un cabinet que le même bout de papier provenant de l’Université de Montréal. Notons tout de même que l’inverse existe aussi : la notoriété de l’École de gestion de l’UQAM n’est désormais plus à prouver.

Alors que le gouvernement québécois s’est un jour targué de la mission lourde, mais noble, de soutenir la formation supérieure, il semble aujourd’hui rester aveugle aux dynamiques de terrain qui font reculer l’innovation entre les murs de béton de ses dix centres de formation universitaires.

Le recteur de l’UQAM, Robert Proulx, tirera sa révérence à la fin de la session. Un mandat marqué par plusieurs enjeux, mais le plus virulent et celui qui a permis au Montréal Campus de bien garnir ses pages demeure le sous-financement de l’UQAM. L’accumulation des compressions budgétaires tarit les services, délaisse l’innovation pour le simple maintien d’une qualité d’enseignement. L’Université peut difficilement rêver à un déploiement international, qu’importe les beaux discours de la rectrice Magda Fusaro lorsque la garantie des services de base est compromise.

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