À la uneCultureHumanorium: entre étrangeté et beauté

Avatar Sarah Xenos9 octobre 20173 min

Les gens s’arrêtent le temps de s’émerveiller devant un manège construit de barrières et de paniers d’épicerie. Nichée au cœur des Jardins Gamelin, Humanorium, une exposition artistique sous forme de fête foraine, conserve ce côté festif et quelque peu bringuebalant des foires itinérantes du 19e et du 20e siècle.

Près d’une dizaine de tentes et de petites roulottes encerclent le carrousel et forment autant d’univers éclectiques à découvrir avec curiosité. Les claustrophobes devront toutefois s’armer de courage s’ils veulent visiter le Petit Acousmonium, où seules deux personnes s’entassent dans la noirceur pour s’immerger de l’ambiance sonore étourdissante d’une fête foraine.

À l’extérieur, le soleil est frappant, accentuant le contraste. Les notes égrainées d’un air de l’Europe de l’Est achèvent d’étirer un sourire sur les lèvres des visiteurs. Deux ou trois pas suffisent cependant pour changer drastiquement d’atmosphère.

Les femmes à barbe et les hommes éléphants semblent moins effrayants en comparaison à certaines images qui défilent sur la multitude de petits écrans du Freak Show. On y retrouve des photos de femmes corsetées à la manière d’une guêpe, un homme dont le visage croule sous un amas de perçages, un autre capable d’insérer des hameçons dans la peau de son cou, et bien pire encore. Les manipulations que certaines personnes peuvent affliger à leur corps répugnent ou fascinent, mais ne laissent personne indifférent.

Curieuses curiosités

Véritable capharnaüm, l’une des chambres des curiosités présente un amalgame d’objets hétéroclites avec lesquelles sont sculptées des formes humaines, animales et fantastiques. Ici, des pieds de cire bleue. Là, un minuscule coeur tendu entre deux fils, magnifié par une lentille de verre. Dans un coin, une boule d’épingles flotte dans un bol d’eau sur fond de velours pourpre.

Des enfants y entrent, s’extasient, veulent toucher à tout et partout l’oeil s’accroche, cherche à discerner la réalité de la fiction. « C’est un laboratoire où le travail est encore à faire », explique l’artiste Dgino Cantin, concepteur de cet univers décalé.

Une autre tente propose un alignement de bustes aux allures inquiétantes où tous les regards sont dirigés vers le spectateur. Il en ressort une impression de voyeurisme comme si les gens, par leur curiosité, venaient interrompre une discussion en cours.

Apprivoiser la mort

Il y a quelque chose de vertigineux à l’obscurité des pièces exiguës qui forment le musée de la mort. Les photos de cadavres, vestiges de la science, produisent la seule lumière qui guide les pas médusés du spectateur. Des badauds y entrent et s’exclament en riant « C’est beau ici! », tout en contemplant le travail du photographe Jack Burman. Dans cette ode à la sensualité du corps mort, le regard s’habitue autant à la noirceur de l’endroit qu’à l’horreur que peuvent inspirer ces visages figés.

Humanorium est une prise de conscience que la beauté peut se trouver en toute chose. « Beau est l’horrible et horrible est le beau », a un jour écrit Shakespeare. Mais ici, la ligne est parfois mince entre l’émerveillement et le dégoût.

[slideshow_deploy id=’18481′]

photos: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *