À la uneCultureL’UQAM à Venise

Gabriel Bernier Gabriel Bernier23 juin 20174 min

Pour la première fois depuis sa fondation en 2004, le Lab NT2 de l’UQAM participe cette année à la Biennale de Venise, un événement mondial et majeur en art contemporain. Pour l’occasion, le laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques a lancé au début du mois de mai Uchronia|What if?, une exposition en ligne sous le thème de l’uchronie et des «futurs alternatifs».

C’est en février que le commissaire Philippe Riss-Schmidt a proposé au Lab NT2, un collectif de chercheurs de l’UQAM travaillant à la mise en valeur de créations artistiques sur le Web, de monter un projet qui serait dévoilé dans l’enceinte de l’HyperPavillon, l’un des pavillons thématiques de la Biennale de Venise. Ce dernier met en lumière le travail d’artistes s’intéressant à la manière dont les technologies ont transformé l’humanité.

Aux balbutiements du projet, le directeur fondateur du Lab NT2, Bertrand Gervais, a été inspiré par les déboires du nouveau président américain, Donald Trump, et de l’utilisation, par ses responsables des communications, de « faits alternatifs ». « Dans l’exposition, la notion d’uchronie se base sur une réécriture fictive de l’histoire, sur l’idée qu’un fait historique se serait déroulé différemment, puis sur les conséquences qu’il aurait entraînées », explique le professeur en études littéraires.

Ainsi, la pièce Toxi-City, l’une des cinq créations du commissariat en ligne, illustre sur des bandes vidéo qui se superposent la désagrégation apocalyptique de l’environnement sur la côte-est américaine dans les années 2020. L’œuvre de Roderick Coover et de Scott Rettberg, qui annonce la récurrence d’inondations monstres transportant des toxines provenant de l’industrie pétrochimique, est jumelée à quatre autres créations signées par des artistes originaires du Canada, des États-Unis, de la Norvège et de la France.

Cap sur Venise

Une fois à Venise, les chercheurs ont dû réfléchir à la manière dont leur commissariat en ligne occupera l’espace de l’exposition, et ce, tout en captant l’attention des milliers de spectateurs. « L’exposition était projetée en continu sur un écran grand format, ce qui la rendait totalement autonome aux yeux des visiteurs », explique la directrice adjointe du Lab NT2, Joanne Lalonde.

Fait à noter, les cinq œuvres mises en valeur par le laboratoire de recherche existaient déjà par le passé, confirme Mme Lalonde, qui insiste sur la visée démocratique du Lab NT2. « On travaille toujours avec des œuvres qui sont disponibles en accès libre sur Internet. C’est notre philosophie », souligne la professeure en histoire de l’art.

Et si ces créations numériques sont tombées dans l’œil du laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques, c’est parce qu’elles s’imbriquaient tout à fait dans la lignée des «futurs alternatifs» par leur capacité à extrapoler l’avenir, éclaircit à son tour Bertrand Gervais.

Sur la scène mondiale

Le mandat du laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques de l’UQAM, qui est né en 2004 d’une subvention de la Fondation canadienne pour l’innovation, réside moins dans la création d’œuvres originales que dans la recherche sur l’essor de la cyberculture, maintient Mme Lalonde. La professeure rappelle que la mission du Lab NT2 est d’abord et avant tout de documenter la culture de l’écran, mais aussi de conserver le patrimoine numérique. « Ce que nous voulons, c’est occuper l’espace du Web, qui est démocratique et accessible de partout », résume-t-elle.

Selon Bertrand Gervais, la Biennale de Venise donne sans aucun doute ses lettres de noblesse au laboratoire de l’UQAM, « déjà bien coté sur la scène internationale ». En 2012, le Lab NT2 avait également participé à une exposition au Musée royal de Mariemont en Belgique. « Sauf que la Biennale de Venise demeure un incontournable dans le monde de l’art contemporain », précise sa collègue Joanne Lalonde.

L’exposition Uchronia|What if? a également été présentée le 24 mai dernier au Pavillon Athanase-David de l’UQAM.


Photo: Capture d’écran de l’oeuvre «Toxi-City» tirée de l’exposition en ligne «Uchronia | What if ?»

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