À la uneCulturePari réussi pour le projet Instance

Julien Denis18 mars 20173 min

Une semaine après la fin du projet Instance, les étudiants finissants du baccalauréat en médias interactifs à l’UQAM dressent un bilan positif du nombre d’interactions entre le public et leur création.

C’est sous la thématique « Ville intelligente » et dans le cadre du festival Illuminart que les étudiants du programme en médias interactifs de l’UQAM ont conçu l’intelligence artificielle Instance. Cette initiative se voulait « un circuit expérientiel et interactif composé de projections architecturales et de structures lumineuses audiovisuelles ».

Jonathan Bonneau, chargé de cours impliqué dans le processus scénaristique du projet, se réjouit du nombre d’interactions qui ont eu lieu tout au long des trois semaines d’existence d’Instance. « Il y a eu plus de 5000 connexions complètes dans les capsules d’Instance. Chacune d’entre elles prend environ 30 à 45 secondes. Ce qui reste à déterminer, c’est si les gens sont revenus à plusieurs reprises », précise-t-il.

Vincent Noël, membre de l’équipe responsable du volet visuel, explique que les données sont au centre de l’existence de ce projet. « Instance est une intelligence artificielle qui est propulsée et qui évolue grâce aux données qui lui sont fournies par les usagers. Sans big data, Instance ne fonctionne pas », soutient le créateur qui avoue que le projet est un franc succès.

Les gens étaient invités à visiter des capsules, réparties dans le Quartier des spectacles, dans lesquelles les données, principalement des téléphones intelligents, étaient récupérées.

Une démarche artistique dénonciatrice

La vie d’Instance a été scénarisée, elle évolue en fonction des interactions qu’elle a avec les appareils électroniques. Elle agissait de manière bienveillante au début de son existence et voulait veiller sur Montréal et ses citoyens.

Mariléa Rabbat, étudiante dans l’équipe de production, ajoute que le grand nombre d’interactions avec le public a créé un changement dans l’attitude de la machine. « À la fin, elle n’agissait plus comme elle le faisait au départ. Elle est devenue en quelque sorte méchante, avide de données, égoïste et elle voulait s’emparer de Montréal, affirme cette dernière, qui assure que cette réaction était planifiée. Nous avons imaginé que ce genre de données pourrait être offert dans le futur et que cela viendrait bonifier le fonctionnement de la ville. Finalement, cela se retourne contre nous », ajoute la créatrice.

Les données recensées par la machine Instance sont celles des adresses MAC (Media Access Control), qui sont disponibles dans n’importe quel appareil électronique. Généralement stockée dans la carte réseau, l’adresse MAC de chaque appareil électronique est unique. Elle est en quelque sorte l’identifiant de l’appareil. Cette technique, qui est tout à fait légale, est la même qu’utilisent les boutiques pour déterminer notamment la fréquence des visites des clients. Ces données n’offrent aucune information autre que l’identifiant des appareils.

Vincent Noël soutient que le style minimaliste qui a été employé dans les visuels et certaines projections du projet n’est pas une coïncidence. « Il y a un côté très froid et très lourd qui caractérise le monde du big data et celui des intelligences artificielles. Ce que l’on voulait exposer c’est que cet univers peut offrir beaucoup de choses, mais qu’il n’a pas vraiment de sentiment », ajoute l’étudiant. C’est le même constat que dresse Mariléa Rabbat qui ajoute qu’Instance est aussi une critique des possibles effets néfastes de la collecte massive de données. « La réaction de l’intelligence artificielle [Instance] nous montre le revers de la médaille de l’intelligence artificielle », mentionne-t-elle en évoquant la méconnaissance de la plupart des gens quant à l’avancement des intelligences artificielles.

Une vie après la mort?

Il était prévu que la machine soit débranchée et que les données captées soient effacées après le festival Illuminart. Pour les 24 créateurs d’Instance, il n’est toutefois pas exclu de la faire revivre. « Dans la scénarisation de la chose, Instance meurt après la fin du festival. Nous ne voulions pas que cette machine prenne le contrôle de la ville de Montréa l», souligne Mariléa Rabbat. « En tant que classe et en tant que créateurs, il est certain que nous voulons avoir une discussion pour éventuellement exporter le projet. On souhaiterait faire vivre Instance de façon semi-permanente à l’UQAM. Cela pourrait inspirer d’autres étudiants », confie-t-elle.

Photo: MARTIN OUELLET-DIOTTE MONTRÉAL CAMPUS

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