À la uneCultureVisionnaires aux idées éphémères

Avatar Geneviève Jetté25 janvier 20175 min

Difficile de manquer le chat empaillé ornant la vitrine de L’espace des Mêmes, situé à l’intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Beaubien. Né de la fusion du collectif d’art visuel Les Mêmes-Cacaïstes et les organisateurs du festival SOIR, Catherine Bilodeau et Thomas Bourdon, l’espace éphémère du quartier Rosemont profite déjà de happenings à guichets fermés depuis son ouverture le 1er janvier. Portrait de jeunes visionnaires aux idées éphémères.

Assis à la grande table au milieu de la galerie, qui fermera ses portes en juin, Catherine et Thomas ont la tête dans les finances. « Je n’ai jamais fait ça moi, de la comptabilité ! », lance Thomas, légèrement exaspéré par la lourde charge de travail qui vient de se terminer. Son amoureuse, Catherine, partage le même regard las. Se joint au groupe Martin Blanchette, l’un des membres du collectif artistique Les Mêmes-Cacaïstes, des étudiants de l’UQAM également à l’origine de l’idée d’un espace artistique.

Les organisateurs Catherine et Thomas ont immédiatement embarqué quand les « Mêmes-Cac » ont eu l’idée de fonder une galerie. Le jeune couple a connu ces artistes déjantés grâce à leur performance lors de la première édition du festival SOIR, où des artistes émergents présentaient une multitude de performances visuelles, humoristiques et poétiques le temps d’une soirée le 5 août 2016. Catherine et Thomas partagent également les mêmes ambitions (et un peu la même folie) que Les Mêmes-Cacaïstes. Ces cinq jeunes avaient en tête de créer un endroit éphémère en réalisant des projets empreints de folies… et de succès. « On aime ça organiser leurs idées folles !» , lance Catherine. Et ça marche.

Adapter l’espace

Un des buts de L’espace est d’arriver à créer un buzz événementiel en utilisant une stratégie semblable au festival qu’ils ont organisé à l’été 2016. Le couple-organisateur trouve tout de même que la marche est haute pour la gestion d’une galerie, bien qu’elle soit éphémère. « On est à un cours par session, on a lâché nos emplois — et on ne peut plus être végétariens ! », interrompt Catherine pendant le discours de Thomas.

Même si ces jeunes locataires dédient toutes leurs énergies à ce projet, ils ont le mérite de dire que celui-ci fonctionne. Dès son ouverture, le 1er janvier dernier, L’espace des Mêmes ne cesse de multiplier ses événements à guichets fermés.

Dernièrement, les rappeurs Lary Kidd, Joe Rocca et le beatmaker Charlie Schulz ont foulé les planches de la petite scène de L’espace des Mêmes. Le défi n’est pas seulement de recevoir ces invités, mais de réinventer l’espace en conséquence.« Un jour, c’était un bassin d’eau avec six écrans de projection pour des lectures de poésie, et le lendemain, on accueillait des rappeurs, raconte Thomas. Il faut toujours penser à l’aménagement ». Inviter trois artistes la même soirée, c’est devoir se doter d’une logistique calculée et d’une préparation accrue.

Le défi est doublement relevé pour les artistes cacaïstes et les organisateurs, car chaque soirée doit être ponctuée de performances conceptuelles élaborées par les Mêmes-Cacaïstes. « [Les Mêmes-Cacaïstes] ont des idées “pétées” comme faire un rideau de pâtes qui va couvrir toute la scène et [notre rôle] c’est de trouver une certaine logistique avec ça ! », explique Thomas.

La gestion de l’espace n’est pas leur unique plaisir. Partager la scène avec d’autres artistes, et ce, devant un public curieux, est une grande réussite pour eux. Par exemple, la venue de rappeurs motive les Mêmes-Cacaïstes dans leurs démarches artistiques. Ils adaptent leur performance en fonction de l’artiste reçu et de son public. « C’est mieux que n’importe quel devoir, remarque Martin, et on est comme une grande place à déguisements pour les artistes invités. » Ces derniers choisissent l’ambiance et le groupe cacaïste la crée.

Blitzkrieg

« L’espace des Mêmes est fondé sur la même philosophie que le festival SOIR », affirme Catherine. La particularité de ce festival, c’est qu’une majeure partie de la rue Beaubien laissait place à des artistes de plusieurs milieux faire des performances, le temps d’une soirée. Les petits cafés, les trottoirs et autres commerces de la rue Beaubien acceptaient qu’un ou plusieurs artistes s’approprient l’espace le 5 août au soir.

C’est un peu ce qui se passe avec les « happenings » de nuit à L’espace des Mêmes. Pour ce faire, étant donné que le point commun entre le festival et la galerie est l’aspect temporaire, les organisateurs utilisent la stratégie Blitzkrieg. « C’est vraiment une stratégie de guerre éclair. Étant donné que notre galerie est éphémère, on diffuse et publie le plus de choses possible [pour en faire la promotion], comme des vidéos hebdomadaires », précise Thomas.

Les réseaux sociaux occupent d’ailleurs une grande place dans la réussite et la popularité du projet. « L’utilisation des réseaux sociaux est incontestable dans ce contexte-ci », estime Martin. Effectivement, le partage de vidéos produites par les organisateurs et le collectif de cacaïstes, en plus de la création d’événements sur leur page Facebook, contribuent directement à la popularité des soirées hautes en couleur à L’espace des Mêmes.
Entre une pendaison de pieuvre lors d’un concert, une soirée de comptabilité et une toile représentant une orgie, les organisateurs et artistes œuvrant à L’espace des Mêmes seront peut-être éphémères, mais certainement inscrits dans la mémoire collective, du moins, de la rue Beaubien.

Photo: GENEVIÈVE JETTÉ MONTRÉAL CAMPUS

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