À la uneDossier: S'éduquer autrementSociétéL’école à la maison boudée par les universités francophones

Maude Petel-Légaré30 novembre 20165 min

DOSSIER S’ÉDUQUER AUTREMENT | S’adapter aux nouvelles réalités des étudiants au cheminement scolaire atypique représente un grand défi pour les écoles québécoises. L’uniformité de l’éducation irrite de plus plus la nouvelle génération qui elle, n’est pas uniforme de par ses comportements et ses intérêts.

Contrairement aux maisons d’enseignement francophones, les universités anglophones seraient mieux outillées et plus flexibles pour accueillir les étudiants éduqués à domicile puisqu’elles possèdent des critères de sélection spécifiquement adaptés pour ceux-ci.

Le Québec accuserait un retard marqué en matière d’éducation à domicile. « Ici, l’école à la maison est marginalisée, tandis que c’est un phénomène assez commun aux États-Unis et au Canada anglais. Ils ont 20 ans d’avance sur nous », déclare l’administratrice de l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED), Noémi Berlus.

Les universités anglophones ont tendance à avoir des programmes ciblés pour les étudiants qui ont suivi un parcours alternatif. « Les universités McGill et Concordia possèdent ces politiques sur leur site Web. Je ne connais pas d’université francophone qui en a », met-elle de l’avant. Le Montréal Campus n’a repéré aucune section du genre sur les site Webs de l’Université Laval, l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal ou de l’Université de Sherbrooke.

L’Université McGill, par exemple, demande à l’étudiant de lui fournir une description précise de son curriculum d’études à domicile. Il doit aussi livrer une lettre d’intention de son éducateur expliquant en quoi sa formation à la maison l’a préparé à l’université. Une personne impartiale doit également fournir une lettre de recommandation qui reconnaît que l’étudiant est prêt à s’engager aux études supérieures.

« Il y a trois ans, nous avons eu 25 demandes suivies de 26, et de 36 cette année. Nous avons accepté environ 25 % à 50 % de ces étudiants », déclare l’agente d’admissions de l’Université McGill Karen Sciortino.

L’UQAM ne suit pas l’initiative de l’établissement anglophone alors qu’elle ne dispose d’aucune politique particulière à l’égard de ces étudiants. « Ce qui guide l’UQAM pour l’admission, ce sont les critères propres à chaque programmes d’étude. C’est ce que doit respecter un futur étudiant pour être admis. Ensuite, l’étudiant doit répondre aux exigences du programme pour obtenir son diplôme », explique la directrice des relations de presse, Jenny Desrochers.

Selon Joëlle Gaudreau, spécialiste de la non-scolarisation — aussi connue comme la méthode du « unschooling » — il n’y a pas de différence lors de l’application universitaire pour les personnes qui ont fait l’école à domicile d’une façon « encadrée »  puisqu’elles ont fait les examens du ministère.  

Les différents types d’écoles à la maison

L’école à domicile peut grandement varier selon l’implication des parents dans l’éducation de l’enfant. « Il y a des parents qui sont très rigoureux et qui enseignent avec des heures précises tandis que d’autres vont plus vers la déscolarisation », explique le professeur associé du Département d’éducation et de formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal, Gérald Boutin.

« Dans le cas du unschooling, les parents ne suivent aucun programme étatique pour éduquer leurs enfants, mais se basent plutôt sur leurs intérêts, leur curiosité et leur motivation », fait valoir Joëlle Gaudreau qui a écrit son mémoire de maîtrise sur le sujet.

De la maison à l’université

Puisqu’il n’y a aucun diplôme associé à la non-scolarisation, il peut être plus difficile d’accéder à l’université pour les élèves ayant suivi ce parcours alternatif. Selon Joëlle Gaudreau, certains d’entre eux devront quand même aller à l’école pour adultes ou attendre l’âge de 21 ans pour entrer dans un programme universitaire. Pour d’autres, les méthodes d’évaluation peuvent susciter certaines ruptures, car ils ne sont pas habitués de recevoir une critique de l’extérieur.

Certaines grandes maisons d’enseignement anglophones telles que la prestigieuse Université Stanford en Californie valorisent le unschooling et ont un processus d’entrevues qui est spécifique à ces élèves. « Les universités considèrent que si ces jeunes qui ont appris par eux-mêmes et qui ont toujours suivi leurs champs d’intérêts décident de suivre une formation universitaire, c’est parce qu’ils ont vraiment l’intention de s’engager, car ils croient que l’université va leur donner les outils dont ils ont besoin », mentionne Joëlle Gaudreau.

C’est aussi ce qu’affirme l’administratrice de l’AQED. « Je vous dirais que les jeunes qui font l’école à la maison et qui vont par la suite à l’université, c’est un choix réfléchi et ils sont dévoués à suivre les cours qui leur sont offerts », souligne Noémi Berlus.

Karen Sciortino, quant à elle, explique que ces étudiants ont tendance à être très indépendants et à très bien s’intégrer dans la vie universitaire. « Ils ont souvent un niveau élevé de compétences dans un certain domaine, ils sont passionnés et sont souvent très impliqués à l’université, reconnaît-elle. Ils apportent de la valeur à notre université. » Selon le professeur Gérald Boutin, si l’élève a acquis un niveau d’autonomie, une capacité d’intégration dans les groupes et de socialisation ainsi qu’une curiosité intellectuelle, il sera capable de s’intégrer à l’université avec une grande ouverture tout en profitant des cours qui y sont donnés.

Bien que peu de recherches scientifiques aient été réalisées sur l’école à domicile, selon le professeur Gérald Boutin, le nombre de jeunes à qui l’on enseigne à la maison serait en constante augmentation. Il y aurait actuellement plus de 10 000 jeunes Québécois éduqués de manière alternative.

Photo: CATHERINE LEGAULT MONTRÉAL CAMPUS
Il y aurait actuellement plus de 10 000 jeunes Québécois éduqués de manière alternative.

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