À la uneUQAMConférence annulée pour « propos transphobes »

Avatar Julie Levasseur18 novembre 20164 min

La conférence « Sexes, genres et transidentités: réflexions critiques », organisée par le collectif Société le 4 novembre dernier à l’UQAM, a soulevé un mouvement de contestation tel qu’elle a dû être annulée après quelques minutes. La veille, le Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT) avait dénoncé l’événement dans une lettre déplorant la « déshumanisation des personnes trans ».

Présenté par la docteure en philosophie et auteure Rhéa Jean, le séminaire devait aborder les questionnements éthiques soulevés par le mouvement transgenre et la rupture avec « une définition désignant une réalité objective [la différenciation “homme” et “femme” basée sur l’anatomie] pour adopter une conception idéologique de ces termes par le recours au concept de “genre” », tel qu’annoncé sur le site Internet du Département de sociologie. Le lien a depuis été supprimé.

Des dizaines de militants, alertés par le CQ-LGBT et le groupe de défense des droits LGBTQIA2+ de l’UQAM, sont venus pour entendre les propos de la conférencière invitée. Celle-ci a commencé à se présenter avant d’être interrompue par les ricanements et les protestations du public. Après plusieurs tentatives des organisateurs pour calmer l’assistance, l’événement a pris fin.

Pour la directrice générale du CQ-LGBT, Marie-Pier Boisvert, l’objectif n’était pas d’annuler le séminaire. « J’aurais aimé qu’on puisse l’écouter et en débattre, mais c’était impossible vu que le contenu était trop problématique. » La conférencière aurait désigné Caitlyn Jenner avec le pronom « il » et fait un amalgame entre la transitude et la maladie mentale. Selon Marie-Pier Boisvert, les propos de Rhéa Jean étaient choquants, « puisqu’elle sous-entendait que les personnes trans ont une fausse perception d’elles-mêmes et perpétuent les stéréotypes sexuels, alors qu’au contraire plusieurs les rejettent. »

Marie-Pier Boisvert soutient qu’un tel discours « enlève l’humanité et la subjectivité des personnes trans, et remet en question leur existence en pleine possession de leurs moyens. » Elle reconnaît que la transitude soulève plusieurs enjeux, mais insiste toutefois sur le fait que ce ne sont pas les personnes qui sont problématiques, mais les systèmes qui tentent de leur assigner un genre auquel elles ne s’identifient pas.

Par-dessus tout, Marie-Pier Boisvert déplore que le Département de sociologie ait affiché la conférence sur son site web. « Je m’inquiète pour les étudiants qui vont recevoir le message que les têtes d’affiche du Département se posent des questions sur l’existence des personnes trans », regrette-t-elle, espérant que l’expérience servira de leçon à l’Université. « Ce sont des vies humaines et non des idéologies », tient-elle à rappeler.

La conférencière maintient ses propos

Rhéa Jean souligne que le but du séminaire était de poser des questions et non d’y répondre définitivement. Elle conserve son point de vue selon lequel le sexe découle de l’anatomie tandis que le genre est une construction sociale. La philosophe ne croit pas à l’idée que l’on peut « naître dans le mauvais corps », pour reprendre une expression souvent employée pour expliquer la transitude. « On a le corps que l’on a et après il y a une pluralité de possible en termes de personnalités, d’intérêts, etc. », avance-t-elle.

La conférencière assure n’avoir aucun problème avec le fait que des garçons s’identifient davantage à ce qui est considéré comme féminin dans la société, et vice-versa. Ce qui la dérange, c’est que les personnes trans s’identifient à un genre « à partir d’une conception essentialiste de ce qu’est une femme et un homme. » À son avis, il faut plutôt que les individus puissent être ce qu’ils veulent indépendamment de leur sexe.

Rhéa Jean dénonce les accusations de transphobie et les protestations qui ont mené à l’annulation de son séminaire. Elle considère qu’il s’agit de censure d’une parole légitime que « plusieurs féministes partagent […], mais [qu’elles] ont peur d’en parler sous peine de représailles. » Les récents événements n’empêcheront pas la philosophe et auteure de diffuser sa pensée. « Tant mieux si ça fait débat, parce que je ne pense pas que faire taire les gens en les traitant de tous les noms ça règle quelque chose. »

Photo: FÉLIX DESCHÊNES MONTRÉAL CAMPUS
La conférence « Sexes, genres et transidentités: réflexions critiques » était organisée par le collectif Société de l’UQAM.

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