À la uneOpinion>En coulissesEN COULISSES | Le printemps d’aujourd’hui

Avatar Sarah Daoust-Braun17 novembre 20164 min

Milléniaux, vingtenaires, générations Y et Z et même C (pour communication), les expressions abondent et sont utilisées à toutes les sauces lorsqu’on parle des 18-30 ans. Cette génération si difficile à conquérir, impatiente, narcissique, égoïste. Cette jeunesse qui sait d’où elle vient, mais qui ne sait pas où elle va, comme l’écrit Michel Fugain dans la chanson éponyme.

Gare à l’étonnement, cette troupe de personnes qui flotte entre l’enfance et la maturité (dixit ces bons vieux Robert et Larousse) est parfois capable de regarder autre chose que l’écran de son téléphone. Pas seulement détourner son regard puis se perdre dans le vide contemplatif, mais aussi raisonner, s’interroger sur le monde qui l’entoure, et surtout, être créative.

Gabrielle Côté est l’une de celles-là. La comédienne de 29 ans, diplômée de l’École nationale de théâtre, est collaboratrice régulière à l’émission La route des 20 diffusée sur ICI Radio-Canada Première « Je suis chanceuse d’avoir cette tribune-là, axée sur la rencontre avec les gens. On sort du je-me-moi et ça vient avec une certaine responsabilité », soutient-elle. Même si le rendez-vous hebdomadaire peine des fois à sortir de son cadran très radio-canadien, son intention reste tout de même louable : produire du contenu pour les vingtenaires, par les vingtenaires (si vous oubliez son animateur, Patrick Masbourian).

Mais Gabrielle a une vision bien personnelle de ce groupe d’âge, qu’elle refuse de caractériser. « Ce n’est pas anodin. Ça fait partie de ma génération de refuser la catégorisation parce qu’on est tous multiples, différents », avance-t-elle, concédant tout de même sentir qu’une grande fougue et un fol espoir l’habitent.

Une génération de désirs et de rêves aussi, constamment stimulée par les gadgets des temps modernes qui forgent — n’en déplaise aux bien-pensants — sa manière de réfléchir. « [La jeunesse québécoise] contourne plus facilement  les idées préconçues et est plus difficile à manipuler. La nature de son esprit critique est très intrigante », souligne de son côté le metteur en scène et directeur artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Sylvain Bélanger.

Étonné par le clivage entre l’image de la jeunesse hésitante représentée dans les pièces à l’affiche au Théâtre d’Aujourd’hui cette saison et sa propre perception de la jeunesse, pleine de vivacité, ce dernier a décidé de créer La Horde. Parmi 200 candidatures, 15 participants de 18 à 26 ans ont été sélectionnés. Ils ont la mission d’assister aux 10 spectacles inscrits au calendrier du théâtre cette année et d’entamer un dialogue, à coup de rencontres avec le directeur artistique, sur leur génération et les liens qu’elle entretient avec le théâtre et la société. « J’ai envie d’être en adéquation avec cette génération-là. J’entends des choses qui me donnent des idées et qui vont peut-être devenir des guides pour moi », confie Sylvain Bélanger, dans la quarantaine, qui est persuadé que ce processus nourrira sa création. 

La Horde est l’une de ces belles initiatives qui s’efforce de donner la parole aux vingtenaires d’aujourd’hui dans un cadre formel et artistique et ainsi reconnaître le talent, l’audace et la force qui les fondent. Pour l’instant, trop peu de projets, de lieux de rassemblement de ce genre, existent. « Je trouve qu’on n’est pas assez à l’écoute [des jeunes]. Après je comprends pourquoi les écritures [des pièces au Théâtre d’Aujourd’hui] scandent une révolte qui gronde », estime le metteur en scène.

Gabrielle Côté ne voit pas les choses de la même façon. «  Je pense que les plateformes, c’est à nous de les créer. Personne ne va mettre la table pour toi. Les vingtenaires ont à faire leur place. » Elle a raison. Les vilains mots qu’on jette à la figure des moins de 30 ans, il faut savoir les encaisser et s’en inspirer pour créer, ce que font déjà plusieurs avec brio. Parce que de toute façon, ils reviendront, sous d’autres formes, aux générations futures. « La jeunesse, ça s’en va. On se dit toujours que ça reviendra. Pourquoi pas? », chante le Big Bazar.

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