À la uneSociétéFilles promises

Avatar Catherine Legault13 octobre 20163 min

Les mariages forcés demeurent une des entraves majeures au progrès des filles, a rappelé l’ONU Femmes le 11 octobre à l’occasion de la Journée internationale de la fille. Un problème qui n’épargne pas les jeunes femmes canadiennes.

L’entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes estime actuellement à 700 millions le nombre de femmes mariées avant l’âge de 18 ans. Plus du tiers d’entre elles l’ont été avant l’âge de 15 ans. Au Canada, 219 cas de mariages forcés ont été rapportés de 2010 à 2012, selon un rapport produit par le groupe South Asian Legal Clinic of Ontario, un organisme d’aide juridique aux femmes immigrantes.

Le rapport indique que 97 % des victimes des mariages forcés sont des femmes. La plupart d’entre elle sont âgées de 16 ans et 34 ans et certaines d’entre elles ont été amenées à l’étranger pour y être mariées sans leur consentement.

«  Il n’y a pas une ethnie en particulier [qui est plus sujette aux mariages forcés même s’il], est certain qu’il y a des pays qui sont plus représentés que les autres. Ici, au Canada et au Québec, on cible beaucoup les communautés immigrantes, mais nous ne devons pas oublier que dans les sectes et les communautés mormones, nous retrouvons aussi des mariages forcés », explique la candidate au doctorat en criminologie à l’Université de Montréal, Madeline Lamboley.

Au provincial, aucune loi ne permet de contrôler les mariages forcés. Le projet de loi 59, qui a pour but de renforcer la protection des personnes, n’a pas encore été adopté. Le gouvernement fédéral se montre plus progressiste à ce sujet. Le projet de loi sur la tolérance zéro face aux pratiques culturelles et barbares a été adopté sous le gouvernement Harper, interdisant ainsi la pratique des mariages forcés.

L’intimidation, la déportation et la violence physique intense pouvant mener à la mort ne sont pas les seules représailles que peuvent subir les jeunes femmes qui refusent d’être mariées contre leur gré. « Habituellement, les femmes qui ont été forcées à être mariées sont privées d’éducation. Elles sont prises dans un cycle et dépendent entièrement de leur mari », estime l’associée aux soins des donateurs de Plan International Canada, Elena Minetti, qui œuvre pour l’organisme jouant un rôle dans l’élaboration d’un mouvement mondial pour le changement.

S’investir dans la lutte

Justin Trudeau s’est d’ailleurs prononcé le 11 octobre à propos de l’importance d’un tel événement, réitérant que son gouvernement « investit » dans plusieurs programmes au Canada et à l’étranger. C’est le cas du programme de promotion de la femme dirigé par Condition féminine Canada, organisme fédéral chargé de promouvoir l’égalité des sexes et la pleine participation des femmes à la vie économique, sociale et démocratique du pays.

Certains organismes, centres jeunesse et maisons pour femmes commencent également à se pencher sur ce problème. En 2009, Mohammad Shafia, sa femme Tooba Yahya et leur fils Hamed avaient été reconnus coupables du meurtre des trois filles du couple et de la première épouse de Shafia. Le crime avait été commis parce que les adolescentes fréquentaient des garçons et que cela contrevenait à l’honneur de la famille.

« Depuis l’affaire Shafia, on a beaucoup tapé sur les doigts des centres jeunesse. Ils ont par la suite pris des mesures très importantes pour revoir leur modèle d’intervention, comme l’élaboration d’une grille de dépistage. Depuis quatre ou cinq ans, des solutions sont en train d’être mises en place en sensibilisant le personnel et en réalisant des études », ajoute Madeline Lamboley, doctorante en criminologie.

Photo: CATHERINE LEGAULT

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *