À la uneSociétéDes suppléments sans prescription et possiblement sans effet

Thomas Dufour Thomas Dufour12 octobre 20164 min

Plusieurs entreprises pharmaceutiques proposent aux étudiants des suppléments vendus sans prescription qui permettent d’augmenter la productivité, notamment en améliorant la mémoire et la concentration. Si ces produits pour la plupart certifiés naturels ne comportent pas de grands risques pour le consommateur, des experts restent toutefois sceptiques quant à leur efficacité.

L’offre pour ce genre de produits est variée et de nombreuses marques existent sur le marché. L’une d’elles est Apex GPA qui se définit comme « une capsule qui aide à augmenter les performances intellectuelles, la mémoire et l’éveil des étudiants ». Cette entreprise québécoise, basée à Sainte-Julie, propose un produit naturel certifié par Santé Canada.

Il existe deux types d’approbations données par Santé Canada : médicament ou supplément alimentaire. La première catégorie garantit l’efficacité tandis que la seconde montre que le produit est sans danger pour la consommation. Apex GPA n’a reçu que la seconde approbation comme c’est le cas de la plupart des composés naturels, en raison du manque d’information sur leur rendement. « Il y a très peu d’études d’efficacité réalisées dans le cas de ce genre produit », explique Jean-François Bouchard, pharmacien et professeur titulaire à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal.

Il est donc difficile d’établir clairement les propriétés des composantes présentes. « La seule molécule assurément active [dans Apex] est la caféine alliée avec l’effet placebo. Avec 100 mg de caféine par comprimé, Apex contient une dose un peu inférieure à celle contenue dans un café, détaille Jean-François Bouchard. Il n’y a pas de danger pour le consommer si c’est fait selon les recommandations de la compagnie. »

Contrairement aux psychostimulants de prescription comme le Ritalin, Apex ne procure pas de forts effets de dépendance. « Il n’y a pas plus de dépendance liée à ce produit-là qu’à la caféine », explique Jean-François Bouchard. Bien qu’une récente étude menée par Laura Juliano, professeure de psychologie à l’American University de Washington, montre que certains consommateurs de caféine ressentent des symptômes de sevrage à la suite de l’arrêt de la consommation, ces effets sont moindres que dans le cas de stimulants de prescription.

À l’inverse du Ritalin ou du Concerta, les effets d’Apex sur la concentration n’ont jamais été démontrés et les études y étant consacrées se contredisent. C’est le cas pour les capacités de mémorisation attribuées au bacopa monnieri et au ginkgo biloba, deux composants du supplément québécois. Une étude réalisée en 2001 à l’École des sciences biophysiques de Victoria a montré que le bacopa monnieri peut augmenter l’efficacité des processus cognitifs. Toutefois, une autre étude publiée en 2002 par des chercheurs de l’université de la ville de Wollongong en Australie conclut qu’une consommation quotidienne de bacopa monnieri et de ginkgo biloba n’a pas d’effets apparents sur la concentration.

Une offre variée

Il existe une panoplie de différents suppléments augmentant la productivité et tous ne sont pas produits avec les mêmes composantes. Certains de ces produits comme le Leritone, le Think ou encore le Focus Formula contiennent des acides gras dont les effets, bien qu’étant incertains, peuvent être bénéfiques sur la concentration. « Ces acides [gras] peuvent être efficaces afin d’augmenter la concentration, notamment chez des enfants atteints d’un TDAH. Par contre, la méthodologie des études sur le sujet laisse à désirer », commente la pharmacienne communautaire Andrea Bussandri.

La communauté universitaire représente un marché important pour ce genre de produits. C’est pourquoi certaines compagnies comme Apex engagent des représentants qui s’assurent de la livraison sur les campus. Ces ambassadeurs n’ont pas de salaire fixe, mais obtiennent une cote sur chaque vente. Ils sont aussi responsables de se développer un réseau de vente et de représenter la marque sur les médias sociaux.

Bien qu’incertaine de leur rendement, madame Bussandri affirme que ces suppléments « valent la peine d’être essayés avant de prendre des psychostimulants de prescription comme le Ritalin ou le Concerta ». Ces derniers ont des effets secondaires beaucoup plus importants comme l’anxiété, l’insomnie ou encore une perte d’appétit. Ils sont d’ailleurs largement utilisés sur les campus universitaires. Selon une étude réalisée par l’Université de Caroline du Sud en 2014, 17 % des étudiants collégiaux et universitaires américains consommeraient ces stimulants.

Bien qu’aucune recherche convaincante n’ait été publiée sur les suppléments comme Apex, le terme « naturel » n’est pas nécessairement un synonyme d’inefficacité. Une branche de la pharmacologie appelée pharmacognosie est uniquement dédiée à l’étude de matière première à usage médical. Par exemple, certaines plantes comme l’if du Canada possèdent des propriétés pharmaceutiques. « Cet arbuste est utilisé dans le traitement de certains cancers», note Jean-François Bouchard. En contrepartie, certains composés s’avèrent totalement inefficaces. Pour le cas des suppléments sans prescription, leur efficacité reste douteuse puisqu’il n’y a aucun consensus scientifique.

Illustration: CATHERINE LEGAULT

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