À la uneCultureDossier: Rap quebLes hommes dictent le rythme

Avatar Daphné Ouimet-Juteau13 octobre 20165 min

DOSSIER RAP QUEB | Effervescent pour certains, hermétique pour d’autres, une chose est sûre, le milieu du rap au Québec fait jaser. Un petit groupe d’artistes parvient à tirer son épingle du jeu dans un univers masculin tissé serré, où l’humour point parfois. Mais ce ne sont pas les seuls à savoir jouer avec le rythme et la poésie ; les femmes et la communauté LGBTQ ont aussi leur mot à dire.

Lunettes fumées aux lumières clignotantes bleue, jaune, rouge; queues de cheval éméchées et ballon de plage sous le bras : le groupe féminin Bad Nylon, avec un goût pour le ludique, livre ses rimes franglaises à son public grandissant avec une énergie vibrante. Cinq visages féminins qui surprennent et attirent au milieu du « boys’ club » féroce qu’est le rap québécois.

Chloé Pilon-Vaillancourt, cofondatrice et membre de Bad Nylon, connue sous le pseudonyme de Marie-Gold, explique que le succès de la formation a été presque immédiat. « On a vraiment eu une belle ouverture et une belle visibilité dès le début même si on a aussi eu beaucoup de haters », se remémore-t-elle. Le groupe entièrement féminin a su se démarquer dans un univers où les hommes dominent. « Ça nous donne un avantage, mais seulement parce qu’on travaille assidûment et qu’on n’est pas supportées uniquement par notre statut de femmes », avance-t-elle.

Jenny Salgado alias J.Kyll, serait la première femme à s’être taillé une place sur la scène rap québécoise. La cofondatrice du groupe hip-hop emblématique Muzion affirme qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’industrie du rap cherche des femmes talentueuses. « Le problème, c’est que les femmes qui s’intéressent au rap actuellement ne sont pas all in, explique-t-elle. Elles font une chanson et se retirent. » J.Kyll ajoute que si l’industrie et le public sont aujourd’hui plus cléments, « les pairs, eux, les attendent avec des briques ».

Pour la rappeuse, moins de dix femmes ont réellement réussi sur la scène rap à l’échelle mondiale en 2016 et aucune ne provenait du Québec. « Quand on pense au rap québécois, ce sont des noms masculins qui nous viennent à l’esprit comme Dead Obies, Manu Militari et Loud Lary Ajust », se désole J.Kyll. Il est primordial que les femmes puissent s’exprimer à travers le rap puisque celui-ci est devenu un type de musique populaire et universel, souligne la rappeuse. « Paradoxalement, le rap d’aujourd’hui, parce qu’il reflète la société et du même coup son obsession de l’image, fait une fixation sur le paraître. Les femmes n’ont jamais été aussi “objectivisées” », dénonce Jenny Salgado.

La rappeuse Sarahmée et la coordonnatrice d’événements Eva Rostain, qui a entre autres travaillé avec Kalash, French Montana et Bow Wow, s’entendent sur l’absence de renouvellement de la scène rap : depuis quelques années, elles n’ont pas vu de nouveaux visages féminins. Eva Rostain souligne que ce n’est pas n’importe quelle femme qui peut survivre au milieu. « C’est un environnement de requins, il faut être forte, avoir une tête solide sur les épaules. Surtout, on doit rester soi-même et ne pas penser à plaire », avertit la jeune femme.

Raconter sa singularité

« Le rap, c’est très agressif. Les femmes ont le pouvoir d’apporter une sensibilité différente dans cette musique », expose de son côté Sarahmée. Elle croit qu’en partageant leur expérience de vie féminine, les rappeuses pourraient aller chercher un public plus large et diversifié tout en inspirant les jeunes filles. Sarahmée signale que les opportunités pour les femmes dans le milieu sont énormes en raison de leur faible nombre. Cette dernière est d’ailleurs souvent contactée lorsqu’un passage d’une chanson nécessite une rappeuse. « Aujourd’hui il y a de la place pour tout le monde sur la scène du rap, il faut seulement trouver ce qui nous rend unique et l’exploiter », conclut l’artiste.

 

Photo: FRANCIS TANGUAY
Des artistes rap féminines comme Bad Nylon ont de la difficulté à percer dans l’industrie.

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