À la uneSociétéSimon Kean : la rédemption

Avatar Jean Balthazard1 avril 20165 min

Le parcours atypique de Simon Kean est à l’image d’un combat de boxe : des hauts, des bas, des faux-pas, des percées victorieuses et une impression finale laissée au bon vouloir des spectateurs.

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En pleine ascension chez les boxeurs professionnels, le Trifluvien a connu une belle carrière dans les rangs amateurs avec un top 8 aux Jeux olympiques de Londres en 2012. En contrepartie, l’étudiant uqamien a vécu son lot de problèmes, dont un séjour de dix mois en prison, il y a deux ans.

Simon Kean a mis le pied dans un gymnase de boxe pour la première fois alors qu’il était au secondaire. «J’ai débuté ce sport essentiellement pour les mauvaises raisons, confie l’athlète en riant. J’achalais les joueurs de hockey et de football. Je voulais donc apprendre à me défendre.»

Il a toutefois songé à une carrière professionnelle vers l’âge de 18 ans. Même s’il croyait arrêter la boxe, Simon Kean a connu du succès lors des Championnats canadiens et d’autres compétitions internationales, ce qui l’a poussé à prendre son sport davantage au sérieux par la suite.

Lors du gala présenté à l’Olympia par Eye of the Tiger Management (EOTTM) le 12 mars, le colosse de 6 pieds 5 pouces et 254 livres a battu l’américain Travis Fulton. Le boxeur cumule les victoires, quatre en autant de combats, depuis ses débuts dans les rangs professionnels en novembre 2015.

Sur le ring, son principal atout réside dans sa force de frappe. «Il cogne. Il cogne très fort», témoigne son entraîneur, Mike Moffa. Sa défense représente au contraire l’élément à travailler. «En étant spectaculaire et en misant sur l’attaque, tu risques de te faire toucher plus facilement», ajoute celui qui s’occupe également de la boxeuse Ariane Fortin, future représentante canadienne aux Jeux de Rio en août 2016.

Un rêve inachevé

Il y a quelques mois, Simon Kean espérait lui aussi participer aux Jeux de Rio. «J’avais comme objectif de m’y rendre, mais je n’avais pas de financement», raconte le boxeur. En mars 2015, Boxe Canada informait l’athlète de 27 ans qu’il

n’obtiendrait pas de brevet, une source de financement essentielle pour participer aux Jeux olympiques.

Il a donc choisi d’accepter le contrat d’EOTTM afin de devenir un boxeur professionnel, ce qui lui permettait de renouer avec la compétition plus rapidement. «Il aurait fallu que j’attende jusqu’en avril 2016 avant de monter sur le ring si j’étais resté dans les rangs amateurs», indique l’athlète au franc-parler manifeste.

Passage au tapis

Sur le plan personnel, Simon Kean a rencontré plusieurs obstacles. En février 2014, il a écopé d’une peine de dix mois de prison pour menaces de mort et voies de fait causant des lésions corporelles. «Quand j’y suis rentré, j’ai trouvé ça vraiment dur parce que j’avais tout perdu. Mais un moment donné, tu t’y fais et tu adoptes un certain mode de vie, relate le boxeur à la mâchoire carrée et aux courts cheveux bruns. Quand tu sors, par contre, la réalité te rattrape parce que tu dois repartir à zéro.»

L’athlète a de plus plaidé coupable à trois accusations de non-respect des conditions de probation le 15 mars 2016 pour des évènements survenus à Trois-Rivières et à Québec. Depuis son emprisonnement, il devait s’abstenir de consommer de l’alcool et même de se trouver dans un bar.

Selon son entraîneur Mike Moffa, les mésaventures de Simon Kean avec la loi nuisent à son image. «Les gens pensent que c’est un bum, mais il fait preuve de beaucoup d’intelligence. Ils croient aussi qu’il est paresseux, pourtant il travaille très fort», confirme celui qui détient une vaste expérience dans le monde de la boxe amateur canadienne.

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Hors du ring

Si le sport occupe une place prépondérante dans sa vie en ce moment, Simon Kean vaque aussi à d’autres occupations. Il s’est inscrit à un cours en communication à l’UQAM pour la session d’hiver 2016. «Avant tout, je l’ai pris pour augmenter mes connaissances personnelles. Je voulais aussi être plus à l’aise avec les médias», explique celui qui s’entraîne à quelques pas de l’Université, puisque son gymnase se trouve à l’intersection des rues Sainte-Catherine et Saint-Laurent.

Le Trifluvien a quitté sa ville natale pour Montréal il y a environ quatre mois. Il a d’ailleurs changé d’entraîneur durant cette période. Anciennement sous les ordres de Jimmy Boisvert, il évolue depuis trois mois aux côtés de Mike Moffa. «On n’avait jamais prévu l’amener à Montréal, mais il est arrivé quelque chose entre Simon et son ancien entraîneur», mentionne Moffa, qui entretient tout de même une excellente relation avec Jimmy Boisvert.

En plus de la boxe et de ses études, l’ancien olympien planifie aussi de fonder sa propre entreprise. «D’ici peu de temps, je vais partir ma compagnie de toîtures avec un ami. C’est plus facile de gérer mon horaire d’entraînements en travaillant à mon compte», souligne le boxeur qui prend part à un maximum de 11 séances en gymnase par semaine.

Simon Kean devrait combattre à environ dix reprises d’ici décembre 2016. Son entraîneur compte par la suite lui réserver de plus gros tests lors de l’année 2017. De grands projets attendent donc le Trifluvien s’il veut bien esquiver les embûches judiciaires.

Photos : Catherine Legault

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