À la uneCultureNécessaire parasite | Quand la finalité n’existe pas

Avatar Catherine Charron31 mars 20165 min

Ce qui étonne le plus lorsqu’on se trouve devant Alexandre St-Onge et qu’il tient la partie tangible de Semblances entre ses mains, c’est à quel point son œuvre lui ressemble. Un être aux mille et une expériences enveloppé d’un cardigan taupe.

Cet homme ne se prétend pas artiste. Depuis l’âge de 16 ou 17 ans, il manie les instruments et joue avec les sons pour créer des œuvres expérimentales. Déjà à cet âge, il était entouré de gens de «20 ans son aîné» qui lui ont permis d’évoluer dans un contexte professionnel à la vitesse grand V. Il ne sait pas exactement comment il s’est retrouvé dans cet environnement qui lui permet de vivre de sa créativité, un privilège qu’il se considère chanceux d’avoir obtenu. De toute façon, «c’est la seule chose qui m’intéresse», martèle-t-il. Aujourd’hui, il fait des conférences dans des universités un peu partout en Europe à propos de son art, enseigne à l’Université Laval et crée, toujours en gardant en tête que ses œuvres doivent être universelles.

À bas les conventions

Touche-à-tout, il aime être aux limites des conventions, faire de l’art qui ne s’inscrit pas dans un mouvement particulier. «J’aime parasiter différentes formes, créer des projets hybrides», explique-t-il d’emblée. C’est pourquoi il oscille entre l’art audiovisuel, les performances, la musique et l’art expérimental. Selon ses dires, c’est un concept bien actuel que de traduire l’héritage laissé par le long parcours des différents genres artistiques qui ont façonné la matière et qui perdurent depuis le début de l’humanité. Il compare ses œuvres à des enfants, sans le côté infantilisant du terme, mais plutôt comme étant «une partie de soi qui devient autonome.» Cette évolution le fascine, il la trouve aussi intéressante que l’œuvre comme telle.

Alexandre St-Onge ne sait pas toujours à quoi ressembleront ses créations à leur stade final, ni même quand elles auront atteint cette finalité. Il crée en réaction, et souvent en fonction de ce qu’il a créé auparavant. «J’aime bien retourner vers ce que j’ai fait pour comprendre ce qui s’y est passé et faire de la rétrospection. Ce qui a moins fonctionné devient parfois partie intégrante du prochain projet dans lequel je me lance», explique l’artiste originaire de Ville d’Anjou.

Créer à partir de bruits

C’est avec cette ligne directrice qu’il s’est lancé dans l’aventure de Semblances. Après qu’Alexandre St-Onge ait déposé sa thèse de doctorat à l’UQAM en études et pratique des arts, la directrice du centre d’artistes autogéré Avatar, Caroline Gagné, lui a proposé d’avoir une résidence et de publier ce qui en ressortirait. Du carcan très restrictif et calculé de sa thèse est née l’envie de partir de rien, de découvrir ce qui émergerait de la relation entre l’environnement des bureaux d’Avatar et son corps.

«Quelle surprise ça a été que de voir que, mis bout à bout, les bruits que j’avais enregistrés duraient 3 heures 7 minutes et 22 secondes», s’étonne-t-il encore aujourd’hui. Prenant la liberté de couper une seconde au montage, l’algorithme de cette œuvre venait directement s’inscrire dans cette obsession de l’artiste pour l’équation 3 x 7 = 21. Sur ce canevas de base, Alexandre St-Onge et ses instruments ont ajouté plusieurs couches, l’ont remodelé en fonction de la sonorité des textes de Frédérique Arroyas et Caroline Gagné pour donner un produit loin de l’idée contemplative qu’avait l’artiste au début du processus. «Je pensais que ça sonnerait comme du Tarkovski, mais on est plutôt dans une expérience presque schizophrène», explique-t-il.

C’est justement cette évolution de la partie sonore de Semblances qui l’intéresse, «cette poésie du processus». Il ne veut pas y raconter d’histoire, préférant se concentrer sur le passage d’une information à l’autre, cette liaison entre «communiquer du rien ou ne rien communiquer.»

Le son et l’écriture sont pour lui des concepts qui englobent un tout, «on fait du son en écrivant, et on écrit en faisant du son. C’est intéressant de voir que la textualité peut émerger du son» illustre-t-il. C’est depuis son doctorat que ce concept le fascine. Le texte est ici organiquement lié au son, une écriture automatique à l’envers. L’improvisation fait partie intégrante de la démarche artistique d’Alexandre St-Onge, lui qui fait régulièrement des performances de musique expérimentale.

D’être allé chercher l’aide de Nicole Gingras, de Christof Migone et de Brandon LaBelle pour la partie littéraire de Semblances n’a rien d’exceptionnel, lui qui aime travailler avec une équipe. D’avoir un regard extérieur tout au long du processus a permis à l’œuvre de respirer, d’être considérée avec une perspective différente. Ce sont Frédérique Arroyas et Caroline Gagné qui, en réaction aux sons que produisait Alexandre St-Onge, ont écrit les textes qu’il a utilisés pour retravailler la musicalité de l’œuvre. Un coup de pouce qui a permis à l’œuvre d’affirmer sa grandeur sans complexe.

Photo : Alexis Boulianne

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