À la uneCultureKannibalen: nourrir la bête EDM

Avatar Valérie Boisclair29 mars 20164 min

Faire de Montréal une plaque tournante de la musique électronique, tel est le défi que se sont lancé trois gars d’Outremont en 2011. Aux commandes de la maison de production Kannibalen Records, les membres de Black Tiger Sex Machine (BTSM) permettent aujourd’hui de faire rayonner les talents tout droit sortis des entrailles de l’underground montréalais.

Antidote 10

Des zombies et des personnages ensanglantés, avec pour chefs d’orchestre trois étranges tigres aux têtes angulaires et illuminées. Pour les néophytes, le concept peut sembler un peu glauque, mais pour les amateurs de dubstep et de house qui osent se prêter au jeu, les soirées Kannibalen sont un événement phare.

Le coup d’envoi remonte à septembre 2010. «Toutes les étoiles se sont alignées ce soir-là», raconte Marc-André Chagnon, l’un des membres de BTSM. À dix jours de préavis, les responsables de la programmation du Belmont font une offre que les trois artistes et amis depuis l’enfance ne peuvent refuser. «On avait appelé ça la soirée Kannibalen juste pour choquer et attirer plus de gens. L’idée, c’était d’organiser un événement un peu tribal, où tous pouvaient se déguiser. On ne pensait pas créer une entité avec ce party-là», se souvient-il. Véritable succès, les Kannibalen sont vite devenus des incontournables de la scène électronique montréalaise.

Lancement officiel

Un an après le lancement de ces soirées déjantées mêlant hémoglobine et électro, Black Tiger Sex Machine lançait officiellement sa maison de production, Kannibalen Records. Une boîte unique à Montréal, en marge de l’EDM commerciale.

Ses fondateurs ont voulu rester fidèles à l’esprit des rendez-vous mensuels du Belmont. «Comme on voulait faire quelque chose à Montréal, pour les gens de Montréal, et offrir une vitrine aux talents d’ici, il fallait garder le nom Kannibalen», explique Marc-André Chagnon.

Malgré la volonté de s’illustrer à l’international, les membres BTSM ont toujours considéré Montréal comme leur terrain de prédilection pour établir leur maison de production. «C’est une ville juste beaucoup trop cool, à mi-chemin entre les États-Unis et l’Europe, avoue Marc-André Chagnon. On y retrouve une influence artistique et une espèce d’inspiration mixte uniques au monde. Avec la chance qu’on a eue grâce aux partys Kannibalen, les fans qui nous supportent depuis si longtemps… On ne veut pas partir d’ici!»

Prendre le pouls

Avec deux EPs et plusieurs singles lancés de façon indépendante avant la création de Kannibalen Records, les membres de BTSM savaient de quoi il en retournait. «Ça a été un travail progressif et organique», précise Marc-André Chagnon. Malgré des parcours qui ne les prédestinaient pas au monde de l’électro – Julien Maranda a terminé son Barreau, Marc-André Chagnon a fait sa maîtrise en affaires internationales et Patrick Barry est un gradué de Concordia en finance – les trois membres de BTSM ont quitté leurs emplois pour se consacrer pleinement à leur carrière et à Kannibalen Records.

Les artistes signés par Kannibalen Records sont pour la plupart des DJs qui ont vu naître et évoluer les soirées ensanglantées du Belmont. Parmi les habitués figurent les Belges Apashe et Lektrique et le Montréalais Snails, qui ont côtoyé BTSM lors de tribulations passées dans différents partys à Montréal.

Une vocation hybride

Malgré une récente tournée sans répit – 35 spectacles en environ 55 jours – pour les membres de BTSM, Kannibalen Records ne chôme pas. Après une halte à Montréal le 18 mars au Club Soda, le trio de DJs a repris la route pour la tournée BTSM Church Tour, qui se terminera en mai. «Nos téléphones sont connectés à nos ordis, et on travaille depuis la van de tournée», explique Marc-André Chagnon, en précisant que la journée moyenne de travail comporte entre 10 et 12 heures, 7 jours sur 7.

«C’est vraiment exceptionnel de pouvoir faire le pont entre la création et la gestion», s’empresse-t-il d’ajouter. La «vocation hybride» de BTSM remplit les journées des trois membres, mais les gonfle à bloc. «On peut passer 4h à faire des stratégies de release [sorties musicales], aider un artiste, donner des conseils et penser à son futur, et juste après ça, sauter sur une scène et donner un show. C’est trippant de pouvoir faire les deux!», s’exclame Marc-André Chagnon.

Malgré des horaires chargés et la saison des festivals qui se profilent à l’horizon, les membres de Black Tiger Sex Machine promettent d’autres soirées Kannibalen. Au plus grand plaisir de la tribu, jamais rassasiée et toujours prête à rager.

Photo : Karel Chladek

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *