À la uneSociétéPumpipumpe ne colle pas au Québec

Avatar Jean Balthazard18 décembre 20154 min

Pumpipumpe incite les gens à aller cogner aux portes d’inconnus à proximité pour leur demander une pompe à vélo ou bien un moule à gâteau. Les Québécois se sont prêtés timidement à l’idée, contrairement aux Européens.

Plus de quinze mille citoyens français, suisses et allemands ont recours à ce principe d’échange d’objets entre voisins, créé en 2012 par trois designers suisses du groupe METEOR Collectif. L’initiative peine à s’implanter en terre québécoise, au moment où les gens s’éparpillent parmi toutes les initiatives émergentes.

Fondé à Berne en Suisse par Lisa Ochsenbein, Ivan Mele et Sabine Hirsig, Pumpipumpe fonctionne à l’aide d’autocollants. Les personnes intéressées commandent de petits pictogrammes qu’ils apposent sur leur boîte aux lettres pour signifier à leur voisinage quels objets ils désirent prêter. «On se différencie des autres plateformes puisqu’on est une communauté de partage qui se base sur l’interaction humaine et non sur Internet», explique l’une des co-fondatrices du projet, Sabine Hirsig. Environ 17 000 foyers utilisent cette initiative et les gens ont accès à plus de 7000 autocollants différents, selon la designer suisse.

Ses collègues et elle travaillent d’ailleurs sur une base bénévole. «On ne gagne absolument rien, tous les profits sont redistribués dans le projet», souligne-t-elle. Les fondateurs se réjouissent de l’engouement manifesté à l’international, mais ne disposent pas nécessairement du temps et des ressources nécessaires pour implanter eux-mêmes le projet dans d’autres villes. «On a des demandes partout. On est évidemment contents quand les personnes impliquées nous donnent des nouvelles, mais on ne peut pas courir après les gens», indique Sabine Hirsig.

Ouverture du marché

Le marché de l’économie de partage à Montréal demeure en émergence, selon la directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), Véronique Fournier. «Il faut se demander s’il s’agit d’initiatives hétéroclites et anecdotiques ou d’un mouvement plus large de partage», détermine-t-elle. Les projets se multiplient et les gens ne savent plus où donner de la tête, d’après la professeure à l’UQAM en gestion des entreprises sociales et collectives, Maude Léonard. «L’entonnoir va se faire et il y aura une sélection naturelle des initiatives les plus performantes pour attirer la population», enchaîne celle qui est également co-fondatrice et présidente de l’organisme Troc-tes-Trucs.

Senraciner à Montréal

Des étudiants montréalais ont signifié leur intérêt pour importer le projet au Québec en 2013. Le groupe a d’abord discuté à plusieurs reprises avec Sabine Hirsig pour adapter le fonctionnement proposé par l’association suisse. «Les démarches et les contacts ont été longs au départ puisqu’on voulait respecter le travail que l’association avait fait», affirme celui qui est à la tête de l’initiative montréalaise, Julien Hivon. Ses partenaires et lui tentaient d’éviter de commander directement de la Suisse. «La question de transport nous arrangeait plus ou moins, mentionne l’ancien étudiant du HEC Montréal. On voulait que les Québécois impriment les autocollants par leurs propres moyens et on cherchait à agrandir les images», ajoute-t-il.

Les trois designers suisses voulaient toutefois maintenir la forme originelle des pictogrammes et continuer à les distribuer à partir de la Suisse. Conscient du droit de propriété intellectuelle, le groupe d’étudiants n’a pas cherché à s’approprier le concept de Pumpipumpe sans l’accord de l’association. Il aurait tout de même apprécié apporter quelques modifications à l’initiative pour gagner en autonomie. «On ne pouvait pas créer de site Web et faire ce qu’on voulait par rapport à la communication», raconte-t-il.

Le projet apparaissait pourtant intéressant aux yeux de plusieurs Québécois. Sur Facebook, la page Pumpipumpe MTL a obtenu près de 400 mentions «j’aime». Le CEUM avait même choisi le projet Pumpipumpe dans le cadre du Get2gether Neighborhood Challenge pour l’aider à récolter des fonds. «Le modèle était intéressant puisque dans un contexte urbain, compte tenu de la densité de la population et de la masse critique, il y avait un grand potentiel», indique Véronique Fournier.

La campagne de sociofinacement a connu quelques difficultés, alors que les étudiants ont récolté seulement 80 dollars. «Cette collecte d’argent a été un peu bâclée puisque l’équipe n’était pas tout à fait complétée et qu’elle avait à peine déterminé sa stratégie», soulève Julien Hivon. Il concède que la motivation au sein du groupe a dégringolé avec le temps et que le projet «n’a jamais vraiment décollé». La carte interactive sur le site de l’association Pumpipumpe répertorie 13 personnes au Québec qui affichent des autocollants sur leur boîte aux lettres. Ils agissent de manière isolée, sans la contribution d’un organisme à Montréal.

Si le projet Pumpipumpe à Montréal avait à se redévelopper, «les apprentissages réalisés pour cette édition pourraient nourrir des démarches ultérieures», croit Véronique Fournier. Cet échec pourrait ainsi laisser la place dans l’immédiat à d’autres alternatives et peut-être que, d’ici quelques années, quelqu’un dépoussiérera le projet Pumpipumpe pour lui donner une deuxième vie au Québec.

Photo : Pumpipumpe

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