À la uneCultureRé-improviser les classiques

Avatar Jasmine Legendre16 décembre 20154 min

La Ligue nationale d’improvisation (LNI) troque son habituelle patinoire pour la scène de l’Espace Libre, du 10 au 19 décembre, afin de s’attaquer aux classiques de l’univers théâtral.

Et la mission est des plus ardues : le but n’est pas de reprendre des textes théâtraux, mais de faire vivre au spectateur l’expérience d’une pièce d’auteur. «Chaque soir, on essaie de vous donner l’impression que vous assistez à la présentation d’une pièce perdue qui aurait été retrouvée», s’exprime François-Étienne Paré, qui s’est affairé à analyser la dramaturgie des huit différents types de théâtre présentés.

Armés seulement de vêtements sobres, d’accessoires rouges et de trois cubes comme éléments de décor, Anne-Élisabeth Bossé, Salomé Corbo et Réal Bossé tenteront d’accomplir une improvisation continue de 30 minutes. Un défi assez colossal lorsqu’on considère que les plus longues improvisations à la LNI sont d’une durée de 20 minutes. Ce n’est pas sans nervosité que les comédiens se sont lancés dans l’aventure en abandonnant leurs repères. L’objectif est réellement de parfaire leur art en se questionnant avec le public, après chaque représentation, à propos de leur prestation.

Les huit représentations n’ont impliqué aucune mise en scène et répétition, assure l’animateur de la soirée François-Étienne Paré. «Je voulais vraiment partir de ce qu’ils ont comme connaissances, poursuit-il. Je voulais orienter le tout selon nos bons plis et nos mauvais plis qu’on a comme improvisateur.»

Pendant la première heure, les comédiens exploreront la dramaturgie d’auteurs comme Tchekhov ou de Molière. Avec des exercices de jeu portant sur les personnages, sur le contexte sociopolitique et sur les spécificités de la langue, ils tireront le meilleur de leur préparation afin de présenter leur improvisation dans la deuxième partie de 30 minutes. «On construit en additionnant», précise François-Étienne Paré.

Les improvisations «à la manière des grands auteurs de théâtre» existent depuis la création de la LNI. Ce qui diffère cette fois, c’est que les comédiens veulent aller plus loin. «J’ai vraiment l’impression qu’on peut être meilleurs, explique François-Étienne Paré. Ce que je cherche à faire, c’est d’être le plus proche possible, dans les limites que l’improvisation peut nous donner, d’un vrai Molière, par exemple.» Alexandre Cadieux et lui espèrent même tirer des conclusions de leur expérience et les partager dans le cadre d’une plénière avec les joueurs de la LNI. «Pour moi, c’est une recherche», raconte le créateur.

La démarche s’est aussi inscrite dans un contexte particulier. Puisqu’Alexandre Cadieux agira à titre de conseiller dramaturgique en direct pendant les spectacles, les deux créateurs ont analysé le contenu des œuvres afin de nourrir les comédiens. «On s’est demandé qu’est-ce qui fait que Tchekhov est Tchekhov? Qu’est-ce qui s’improvise dans son œuvre?» explique François-Étienne Paré. Ils ont testé leur technique avec une ligue d’improvisation de niveau amateur formée d’adolescents et le tout s’est avéré très concluant. Cela représente tout de même un grand saut dans le vide, autant pour les comédiens que pour les concepteurs. «Alexandre et moi avons peur d’avoir l’air incompétents. Les deux, on a étudié longtemps en théâtre, mais on ne connaît pas toutes les oeuvres de fond en comble», confie le comédien.

François-Étienne Paré affirme vouloir conquérir le plus vaste public possible. Pour lui, cette clientèle est cruciale afin que les acteurs s’épanouissent dans leur art. «Lorsqu’on improvise en salle d’atelier, on est moins bon que devant une foule. Les acteurs ont une autre approche lorsqu’ils sont devant des gens et je trouvais ça précieux de l’offrir au public» résume-t-il.

Au terme de leurs premières soirées, les spectateurs semblent avoir été «captivés» par la performance des trois acteurs. Même la préparation d’une heure avant l’improvisation finale est appréciée par le public qui en apprend davantage sur l’histoire du théâtre.

Découvrez la critique d’Alexandre Perras pour le Montréal Campus sur la première soirée de cet événement.

Photo : Espace Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *