Programmeuses recherchent parité

À l’heure où les nouvelles technologies occupent une place prépondérante dans nos vies, un fait demeure: les femmes y sont nettement sous-représentées. Conscientes de la disparité homme-femme dans le secteur du numérique, spécialement en informatique, les artisanes derrière Ladies Learning Code s’ingénient à pallier l’écart.

La professeure au département de communication sociale et publique de l’UQAM, Maude Bonenfant, confirme que nous sommes d’ores et déjà témoins d’une tendance lourde en informatique. «Il y a une chute de la présence des femmes depuis les années 1980», laisse-t-elle entendre. Et l’avenir ne serait guère plus radieux, poursuit la diplômé en Technoculture, Art and Games de l’Université Concordia.

L’universitaire est toutefois plus optimiste quant à l’industrie du vidéoludisme, où elle dénote un changement de mentalité. Elle cite en exemple l’entreprise montréalaise Ubisoft qui s’applique à créer «des avatars féminins intéressants en plus d’offrir à des femmes des postes de game designer». Elle émet cependant une certaine réserve. «En jeu vidéo, il y a beaucoup de programmation, explique-t-elle. Si les départements d’informatique attirent peu les femmes, il n’est pas surprenant qu’elles se retrouvent en minorité dans les équipes de production de jeux vidéos, par exemple.»

Ladies Learning Code

Cassie Rheaume est bénévole pour le pendant montréalais de Ladies Learning Code, un organisme à but non lucratif qui propose en priorité aux femmes de tous les horizons une initiation à la programmation web. La jeune femme déplore que trop peu d’étudiantes se laissent aujourd’hui tenter par une carrière dans le secteur de la programmation informatique. Selon elle, le marché des nouvelles technologies a besoin des femmes et ces dernières ont assurément le potentiel pour réussir. «Pour faire un projet Web, que ce soit un site ou une application, il faut tellement de gens qui travaillent la-dessus, précise-t-elle. C’est un secteur qui est innovant à plusieurs niveaux, notamment pour la flexibilité de travail.»

Ladies Learning Code a d’abord vu le jour à Toronto. Fort de son succès dans la Ville-Reine, le concept a fait des petits. Il a sillonné le pays pour s’établir dans 22 villes canadiennes, incluant Montréal et plus récemment, Québec. La premier atelier officiel de cette nouvelle cellule a d’ailleurs été lancé le 24 octobre dernier. Cassie Rheaume précise que la singularité de Ladies Learning Code s’appuie sur la présence de bénévoles issus de la communauté informatique locale qui agissent à titre de mentors. «Les gens viennent passer la journée avec nous pour apprendre à coder», déclare-t-elle. On s’assure qu’il y a des mentors pour aider tout le monde et d’avoir un ratio de quatre apprentis pour un mentor.»

«On essaie de faire à peu près un atelier par mois avec entre 30 à 40 apprentis», explique Cassie Rheaume. Les formations s’adressent autant aux néophytes qu’aux femmes désireuses de parfaire leur éducation numérique et de bonifier leurs compétences technologiques. À cet égard, la jeune diplômée en communication de l’Université de Montréal assure que toutes les participantes y trouvent leur compte. «Ce n’est pas aussi difficile qu’on pense. La première approche avec le web c’est du HTML et du CSS. Ce sont des choses qui s’apparentent un peu à la mise en page. Ça peut être très créatif», insiste-elle.

Karine Boisvert offre son aide volontaire à la cellule de Ladies Learning Code sise dans la Vieille-Capitale. Elle est aux premières loges de ce Chapter – nomenclature que s’est donnée l’organisme pour ses filiales canadiennes – qui vient tout juste d’être implanté à Québec. Le 26 septembre dernier, dans le cadre de la journée nationale de l’apprentissage du code – National Learn to Code Day – une première formation gratuite y a été dispensée. Comme son homologue montréalaise, Karine Boisvert constate la diversité des femmes qui se présentent aux ateliers. «Lors de la dernière formation, on avait des gens de tous les milieux. Nous avions, par exemple, des designers qui ne savaient pas coder, mais qui travaillaient avec des programmeurs. De faire un cours d’introduction, ça leur permet de comprendre le jargon informatique et comment ça fonctionne», conclut-elle.

Ladies Learning Code a récemment élargi son offre d’«alphabétisation numérique» en créant Girls Learning Code puis Kids Learning Code. Si le travail pour atteindre l’équilibre homme-femme en informatique reste important, les ateliers de cet organisme torontois font un pas de plus dans la marche vers la parité.

Photo : Flickr/US Mission Geneva

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