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Félix Deschênes3 octobre 201510 min

Cinq vétérans montréalais de la politique fédérale se sont livré un débat beaucoup moins beige que les murs de la salle qui les a accueillis, mardi soir, à lUQAM.

Encadrés par l’ancien chef d’antenne radio-canadien Bernard Derome, les porte-étendards des cinq partis fédéraux les plus importants ont discuté de manière animée des enjeux politiques susceptibles d’interpeller les jeunes électeurs.

Outre les longs échanges sur la «réputation de cancre» du gouvernement canadien à l’étranger, sur son plan d’aide aux réfugiés ainsi que sur son possible appui militaire en Syrie, les questions de l’environnement, de l’emploi et de l’éducation ont été adressées en fin de séance.

«Mon école fait face à des compressions budgétaires énormes et j’ai l’impression que la qualité de l’enseignement que je reçois en est affectée», s’est exclamé l’étudiant en droit à l’UQAM Lucas Nolin, qui a profité de la période de questions pour réorienter le débat vers le financement universitaire.

Pour le vétéran bloquiste Gilbert Paquette, le gouvernement canadien pourrait remettre dans les transferts aux provinces le budget d’éducation qui a été coupé entre 1996 et 1998. Il s’agirait selon lui d’un progrès, mais pas d’une solution définitive au problème de financement. «Au final, la seule façon de mettre fin à un déséquilibre fiscal, c’est de rapatrier nos budgets, rapatrier nos lois, rapatrier notre réputation internationale. Et ça, ça s’appelle l’indépendance du Québec», a-t-il martelé.

Le chef adjoint du Parti vert Daniel Green a quant à lui réitéré son désir d’imposer aux entreprises une taxe de 30$ par tonne de carbone émise, ce qui permettrait de dégager 22 milliards de dollars à être réinvestis dans les programmes sociaux. «On veut abolir les frais de scolarité dans un avenir lointain et mettre un plafond sur la dette étudiante à 10 000$, qui sera remboursée sans intérêts, a expliqué Green. Pourquoi un pays aussi riche que le Canada ne pourrait-il pas se le permettre?»

Le candidat conservateur dans Outremont, Rodolphe Husny, estime pour sa part que son parti a déjà posé des gestes importants afin de soutenir l’éducation dans la province. «Les transferts au Québec n’ont jamais été aussi importants en ce moment concernant l’éducation, a-t-il fait valoir. Nous avons réussi à équilibrer notre budget, sans couper dans les transferts en santé, ni réduire dans les transferts en éducation comme l’ont fait les libéraux.»

Divisés sur l’imposition des entreprises

Selon Rodolphe Husny, les velléités des autres partis d’imposer davantage les grandes entreprises seraient périlleuses pour le recrutement de nouveaux diplômés. «Est-ce que vous croyez vraiment que si on augmente le taux d’imposition des entreprises, ça n’aura pas d’impact sur leur capacité à vous embaucher?», a-t-il demandé à deux reprises au jeune public.

Aux yeux d’Hélène Laverdière, candidate néo-démocrate, la logique conservatrice entourant la hausse d’imposition et l’emploi est en fait une «menace aux diplômés». «On peut effectivement hausser progressivement le taux d’imposition des grandes entreprises, tout en baissant le taux d’imposition des petites et moyennes entreprises, qui créent 80% des emplois», a-t-elle avancé. Larrêt des subventions de deux milliards de dollars aux pétrolières et aux banques est également dans le collimateur du Nouveau Parti démocratique (NPD) pour réaliser des économies et augmenter les transferts en santé et en éducation.

Marc Garneau, député libéral de Ville-Marie, estime que les visées économiques du NPD reviennent à «vouloir le beurre et l’argent du beurre», alors qu’elles impliquent l’atteinte de l’équilibre budgétaire en même temps que de faire des promesses coûteuses. «Nous croyons qu’il est important de stimuler l’économie à ce moment-ci, même en enregistrant des déficits minimes», a-t-il indiqué, avant de réitérer l’investissement de 60 milliards de dollars sur dix ans prévu par les libéraux. «Il faut investir de la bonne façon, en bâtissant par exemple des logements abordables, des infrastructures vertes et en mettant en place un transport collectif dont les grandes villes ont besoin», précise Marc Garneau.

Organisé par la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM et par l’Institut d’études internationales de Montréal, le débat devant un petit public et à hauteur d’étudiants semble avoir satisfait le jeune auditoire qui s’y est rendu. «C’était mieux que les débats des chefs qui font juste leur spin, croit Maxence Duchesneau, étudiant en droit à l’UQAM. Ici, les candidats ont tous un peu dérogé de leur plateforme et n’ont pas pu s’en tenir uniquement à [leur cassette].»

L’étudiant au baccalauréat en communication, politique et société, Samuel Fortin-Pouliot, dit lui aussi avoir apprécié l’aspect plus informel du débat. «C’était cacophonique par moments, mais il y avait déjà plus d’élaboration sur les informations fournies, a-t-il remarqué. C’est comme si l’effet du public présent faisait tomber la bullshit.»

Photo : Alexis Boulianne

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