À la uneCultureSingin’ in the Rain

Gabriel Parent-Jutras14 septembre 20154 min

La pluie s’est invitée comme un cheveu sur la soupe et a brouillé les cartes pour la soirée de clôture de la 5e édition du block party de la rentrée.

La rue Saint-Denis, en ce samedi soir pluvieux, ne ressemblait en rien à ce qu’elle était la veille pour Dead Obies et Grandmaster Flash : bruyante, nerveuse et survoltée. Malgré tout, une foule enthousiaste s’est livrée en sacrifice sous les intempéries, et à voir les têtes qui battaient la mesure avec insouciance alors que le ciel leur tombait dessus, il est facile de s’imaginer à quel point la fête fut ratée de peu. Avec des noms tels que BadBadNotGood et Pierre Kwenders pour conclure l’événement, les organisateurs du OUMF avaient quand même le gros bout du parapluie.

Au début de la soirée, les souliers étaient bien au sec devant la scène Desjardins, située entre la rue Sainte-Catherine et le boulevard Maisonneuve. Sur le coup de 18h30, les premiers convives ont eu droit aux mélodies accrocheuses, marinées à la sauce garage-rétro-surf des deux sœurs de The Muscadettes. Les jumelles Chantal et Kathleen Ambridge étaient bien entourées : Thomas Augustin (Malajube, Jacquemort) prenait place derrière les claviers, tandis qu’on retrouvait Jocelyn Gagné (Breastfeeders) s’affairant sur la six-cordes. Ce premier service du menu s’est bien acquitté de sa tâche, c’est-à-dire offrir un plat léger, simple mais ô-combien efficace, et qui a mis humblement la table pour la suite des choses.

C’est donc avec l’appétit bien ouvert que les spectateurs se sont déplacés une centaine de mètres vers le nord pour rejoindre la scène Métro et continuer la soirée avec le quatuor électro-pop Syzzors. La jeune formation a livré une prestation solide des meilleurs titres de ses deux premiers EP, en commençant avec la prémonitoire Rain. Par la suite, le groupe Heat a bien tenté de réchauffer la foule qui avait continué le jeu de l’ascenseur musical, redescendant le long de la rue Saint-Denis, mais le mal était fait. Les vêtements étaient déjà trempés, et les os des mélomanes, quelque peu figés. Les fans de la tangente rock que propose la formation et qui rappelle les belles années des Strokes ont tout de même été comblés, tandis que du côté des plus jeunes, le courant a moins bien passé. Comme quoi même d’irrésistibles mélodies ne peuvent rien face au clash des générations.

Blue note et dance-rock

Le groupe torontois BadBadNotGood a ratissé plus large avec ses pièces jazz juste assez modernes pour plaire aux curieux de passage, mais assez maîtrisées pour combler les érudits exigeants. Avec des structures rythmiques éclatées, mais sans pour autant s’éparpiller dans tous les sens, les jeunes musiciens ont été à la hauteur de la réputation plus qu’enviable qu’ils ont acquise ces dernières années sur la planète jazz.

S’échangeant les solos d’une pièce à l’autre, ils ont su capter l’attention de la foule du début à la fin. Contrairement au déluge qui s’abattait sur le site alors qu’ils travaillaient avec précision sur leur instrument respectif, les membres de BadBad n’ont pas inondé les spectateurs de notes pêles-mêles. Ils ont plutôt laissé respirer leur musique et ont invité le public à s’y joindre. Pour un premier concert gratuit sur une scène extérieure dans leur carrière, le trio a semblé aussi à l’aise que reconnaissant.

Après cette épopée jazz, le très jeune groupe Foreign Diplomats attendait les festivaliers pour un dernier arrêt sur la petite scène Métro. Ces Laurentiens ont tout pour plaire, à commencer par des mélodies accrocheuses, quoique légèrement génériques. Ils ont mis l’accent sur leurs nouvelles pièces, qui garniront un premier album complet censé arriver sur les tablettes d’ici la fin du mois. Aucune date de sortie officielle n’a toutefois été divulguée par la maison de disques Indica.

Suite à la sortie de scène des Diplomates, les plus courageux sont allés rejoindre Pierre Kwenders pour un DJ set improvisé sous une tente à peine plus grande qu’un kiosque à bières. Nul besoin d’expliquer qu’à part une trentaine de personnes entassées devant le grand Congolais et une poignée de flâneurs errant autour du groupuscule, cette prestation s’est avérée un rendez-vous manqué. Initialement prévu sur la grande scène mais déplacé à cause de l’hostilité du ciel, le grand party de clôture n’aura finalement pas eu lieu.

Crédit photo : Bruno Destombes

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