À la uneCultureDu sous-sol à la scène

Avatar Benoît Lortie15 avril 20154 min

Prendre des risques et foncer vers l’inconnu sont des impératifs pour le multi-instrumentiste Julien Sagot. L’ancien percussionniste de Karkwa est un véritable passionné qui voit la musique comme sa seule option.

Assis près de la fenêtre du café Kahwa, un lieu qu’il aime fréquenter, l’artiste âgé de 36 ans né à Paris, Julien Sagot vit au Québec depuis l’âge de huit ans. Il se définit comme un être qui s’applique volontiers à ne pas faire comme tout le monde. Son deuxième effort solo, Valse 333, lancé en octobre, a été sélectionné dans la catégorie album de l’année aux Juno Awards. Une œuvre dont il est fier et qui selon lui, sort des sentiers battus. L’atmosphère flottante, poétique, évoquant une touche de musique du monde caractérise l’album que Julien Sagot décrit comme un mixage d’organique et d’électro. En explorant sans freins et en osant sortir de sa zone de confort, l’artiste nourrit ses compositions. «Si je n’avais pas de responsabilités familiales, peut-être que je resterais dans le studio du matin au soir, alors je manquerais probablement de vitamine D», lance le père de deux enfants.

Pour élaborer Valse 333, il s’est enfermé au sous-sol chez ses «vieux» tout un été de temps avec l’arrangeur travaillant pour le cinéma Antoine Binette-Mercier. Ensemble, les créateurs ont pris le temps d’expérimenter et d’explorer pour enfin enregistrer 12 morceaux. «Je commence à être beaucoup plus autonome avec les façons de mixer et de faire la prise de son. Avec Karkwa, on avait de plus gros moyens et on allait dans des studios traditionnels, détaille l’artiste. Même si c’est vrai que ça marche très bien, cette façon de faire correspond à une époque qui commence à être révolue.»

Penser à son public cible durant la période de création n’était pas jusqu’ici un élément intégré à sa démarche artistique. À force de présenter des spectacles, le compositeur s’est rendu compte qu’il s’isole parfois et que les rencontres avec le public pourraient l’influencer davantage à l’avenir. La confrontation à la scène des pièces de l’album façonne sa performance qui se transforme au gré des représentations. «J’aime tout foutre en l’air pour reconstruire le spectacle. Un show, c’est le fun quand ça bouge, quand t’écoutes pas l’album et que t’explores des choses nouvelles chaque fois», indique l’artiste. Pour lui, la scène est aussi un laboratoire qui définira ses prochaines compositions. Julien Sagot a d’ailleurs une bonne idée de la direction qu’il veut prendre avec son prochain disque, qu’il voudrait plus «flyé», plus grinçant. «Je prévois m’entourer de la jeunesse, c’est là qu’il y a de la confrontation et des échanges d’idées», confie le musicien. Il espère faire plus souvent des spectacles dans de petites salles et retourner sur les planches des bars, justement pour aller à la rencontre des gens.

L’argent est au bas de l’échelle

Comme plusieurs musiciens, Julien Sagot pourrait pratiquer des métiers connexes, parallèlement à sa carrière solo, tel que compositeur de trames sonores. Cependant, le cinéma lui laisse une impression amère d’un milieu qui, à son avis, cherche souvent à maquiller et à faire sensation avec des chansons populaires, plutôt que de miser sur un concept dédié plus élaboré. «Par exemple, la pièce “28 jours” de Karkwa devait être utilisée dans sa version instrumentale pour le film Incendies de Denis Villeneuve mais finalement une chanson de Radiohead l’a remplacée», fait savoir l’ex-membre de Karkwa. La formation a tout de même composé la chanson originale du film québécois La peur de l’eau en 2011, une pièce intitulée “La vague perdue.”

Même s’il ne court pas les projets, Julien Sagot accueille avec ouverture les propositions. Prendre son temps et avoir de la liberté dans la création, en plus de ne pas avoir la pression d’un patron, sont des critères qui surpassent de loin la soif de popularité ou l’envie de faire de l’argent chez le chanteur. «Je n’ai pas un gros train de vie, je m’occupe, j’ai du fun, je continue à faire ce que j’aime. J’ai une vie d’étudiant en fait, c’est de ça que je m’aperçois, mais sans les privilèges», indique-il en riant.

L’air calme et mystérieux de l’artiste traduit un caractère bohème et décontracté qui transparaît de façon éloquente dans sa personnalité, une intégrité que la scène lui permet de révéler. Loin de ce compositeur la crainte de n’être pas compris, s’amusant régulièrement à donner des concerts en français devant un public de Toronto. «J’ai un show que je trouve intéressant et dynamique qui s’adresse à tout le monde. Des spectacles, j’aimerais en faire beaucoup plus, si ça pouvait être multiplié par 10 je serais vraiment content», s’exclame-t-il. Malgré un tempérament solitaire, la sensation de se retrouver devant de grandes foules est une nécessité qui l’enchante et ne l’intimide jamais.

Afin de se réchauffer dans les mois qui viennent, le poète compte donner des spectacles intimes au Divan orange et à l’Escogriffe avant son passage dans plusieurs festivals. L’Europe sera sa destination de l’automne alors qu’il y lancera son album. Aller à la rencontre de l’autre est un leitmotiv que Sagot veut propager. «Il faut participer, s’exclame l’homme tout illuminé, parce qu’on vit ensemble dans le moment présent. La vie est magnifique et fuck you l’austérité. C’est ensemble qu’on peut changer les choses, il faut sortir et se rencontrer.» Son souhait est d’inspirer les autres à prendre des risques, à oser se commettre plus souvent dans le monde. Avec sa musique, Julien Sagot espère en faire la démonstration.

Crédit photo : Benoit Lortie

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