À la uneUQAMFéministes dans la rue

Avatar Noémie Laurendeau9 avril 20152 min

À l’occasion d’une manifestation féministe non mixte, des centaines de femmes ont défilé dans les rues du centre-ville à partir de la Place Norman-Bethune, coin Guy et Maisonneuve, mardi soir. La marche pacifique a pris fin lorsque le Service de police de la Ville de Montréal en a provoqué la dispersion avec des gaz lacrymogènes. Quelques personnes ont été arrêtées.

Initiée par le collectif anonyme Hyènes en jupons, la manifestation avait pour but de dénoncer l’oppression des femmes notamment dans le contexte d’austérité actuel. « L’austérité affecte les femmes entre autres avec la loi 20 qui touche l’avortement ainsi que la perte des emplois dans les secteurs publics », défend la manifestante Nicole Leblanc.

Les hommes féministes ont respecté le mot d’ordre et ne se sont pas présentés à la manifestation rapidement bloquée par des cordons policiers sur la rue Mackay. Quelques heurts ont eu lieu avec des caméramans masculins qui refusaient de quitter les lieux. Ceux-ci étaient acceptés au lieu de rassemblement, mais les journalistes et photographes femmes étaient admises lors de la marche. Celle-ci est demeurée dans les environs du métro Guy-Concordia, n’allant pas plus loin que la rue Sherbrooke Ouest.

« Crions, plus fort, sinon les femmes on nous ignore » était l’un des slogans entendus au début de la marche. La musique d’une saxophoniste militante contribuait à une ambiance festive malgré la tension créée par la forte présence policière.

Les manifestantes ont bloqué l’accès aux hommes, mais accueillait un contingent transsexuel. « L’accès à l’avortement c’est une préoccupation féministe pour tout le monde qui a un utérus, y compris les gars trans », indique le manifestant Charles Dagenais.

« Il y a des mouvements féministes radicaux qui sont contre la mixité dans une perspective idéologique et il y a des féministes qui se voulaient inclusives, mais qui ont vécu des frustrations », explique la directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes Rachel Gagnon. « C’est fondé sur l’idée qu’à un certain moment, pour avoir une compréhension de l’oppression des femmes, il faut avoir une compréhension de l’intérieur », poursuit-elle.

À l’intérieur même des mouvements militants, la dynamique sociale de surreprésentation des hommes se poursuit. « Il y a des mouvements militants qui sont extrêmement masculins où les femmes sont encore victimes de la séparation des tâches », dénonce la manifestante Patricia Houle.

« La symbolique est forte, une manifestation avec que des femmes et des gens trans; la minorité qu’on entend et qu’on voit enfin en premier plan », explique la manifestante Geneviève Larocque, qui aurait participé à n’importe quelle forme de marche féministe pour appuyer cette cause. Selon Rachel Gagnon, malgré la plus grande implication des femmes dans la société, sa représentation dans l’espace public n’est toujours pas représentative.

« Depuis les années 2000, ce que je constate c’est un retour en force de la non-mixité », note la directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes Rachel Chagnon. Les regroupements féministes non mixtes existent depuis le début du 19e siècle, ils ont été populaires dans les années 60 et 70 pour laisser leur place à un féminisme plus inclusif dans les années 1990.

Crédit photo : Noémie Laurendeau

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