Les mélomanes consomment de plus en plus leur musique sur des plateformes web comme Rdio, Deezer ou Spotify. Bien que certains voient plusieurs avantages à ces applications, d’autres penchent pour des modèles gratuits et alternatifs. 

Le vinyle renaît de ses cendres et le CD est en crise depuis des années. Amorcée avec l’arrivée du lecteur Mp3, puis de l’iPod en 2001, la dématérialisation de la musique atteint aujourd’hui son paroxysme avec les plateformes web de streaming qui permettent, souvent gratuitement, d’écouter des millions de chansons sur Internet. Le Québec n’échappe pas à la vague et ses artisans doivent s’adapter aux changements d’habitudes des mélomanes.

Depuis 2006, le géant suédois Spotify offre à ses abonnés un catalogue d’environ 20 millions de chansons. La compagnie, présente dans 58 pays, s’appuie sur le modèle freemium pour offrir gratuitement son contenu à ses abonnés. S’ils le désirent, ces derniers peuvent débourser environ 10 dollars par mois afin d’éviter les publicités et compter sur une meilleure qualité sonore. C’est de cette façon que ces entreprises financent leurs activités. S’il compte le plus grand nombre d’abonnés, Spotify n’est pas le seul acteur de cette nouvelle industrie qu’est le streaming: l’américain Rdio et le français Deezer offrent, entre autres, des catalogues similaires à l’écoute gratuite.

Au Québec, le groupe Archambault possède sa propre plateforme de musique en continu: Zik. Contrairement à Spotify, Deezer ou Rdio, Zik impose des frais de 10 dollars par mois pour le forfait web et de 15 dollars par mois pour le forfait multiplateformes qui permet l’utilisation des services de Zik sur les téléphones intelligents ou sur les tablettes. «Le modèle qu’ils [les entreprises internationales] ont pris, qui est le modèle freemium, qui est le modèle gratuit, est complètement ridicule, tranche le directeur musical d’Archambault, Pierre Borduas. Spotify, c’est gros, mais ça perd des centaines de millions de dollars par année. Ce n’est vraiment pas encore lucratif pour eux.»

L’industrie du streaming, pour Pierre Borduas, n’est pas éphémère, mais nécessite quelques ajustements dont la promotion des artistes locaux. «Déjà, l’industrie [de la musique] réalise que ça va être une source de revenus qui va compenser pour la perte de la vente de physique.» Accorder plus de place au contenu local est la mission que se donne Zik afin de se démarquer des autres acteurs internationaux. «On s’assure que notre produit local a de la visibilité. J’ai été sur Rdio en fin de semaine voir le top 200 artistes. Combien d’artistes francophones? Zéro» s’exclame-t-il.

De l’autre côté du CD

Alors que Pierre Borduas considère que la formule freemium envoie le message erroné que la musique serait gratuite, des artistes seraient plutôt de l’avis contraire. De plus en plus de musiciens mettent gratuitement en ligne leur dernier album ou adoptent la formule de la contribution volontaire. En 2007, le groupe anglais Radiohead avait d’ailleurs utilisé cette formule pour mettre à la disposition de ses fans l’album In Rainbows. «Nous, on s’est dit pourquoi pas utiliser notre musique comme carte de visite ou comme stratégie de marketing en général», explique Ogden du groupe hip-hop québécois Alaclair Ensemble qui rend disponible en ligne sa musique gratuitement. Le groupe tire la majeure partie de ses revenus de ses spectacles.

Pourtant, Alaclair n’est pas sur les plateformes Spotify, Deezer ou même Zik. «Notre BandCamp c’est une plateforme qu’on a personnalisée, alaclair.com aussi et étant donné que la majorité du monde va sur notre BandCamp pour “streamer“, les quelques maigres revenus qu’on pourrait prendre sur Spotify ou Deezer, dans notre cas, ce n’est pas quelque chose qui nous intéresse, précise Ogden. Ce n’est pas parce qu’on ne trouve pas ça pertinent, mais c’est parce que notre formule internet existait avant même l’existence de ces sites-là.»

La stratégie adoptée par Alaclair Ensemble est au cœur de l’évolution du marché musical selon le professeur agrégé du Département de marketing de HEC, Renaud Legoux. «Il y a 20 ans, on faisait une tournée pour vendre des disques, illustre-t-il. «Maintenant, on fait des disques pour vendre la tournée.» Pour lui, les applications de streaming, même si elles ne permettent pas nécessairement aux artistes d’engranger d’énormes profits, peuvent leur servir d’excellents moyens de promotion.

«Il n’y aura plus de grosse tarte», illustre Pierre Borduas pour expliquer la fin du monopole du disque. Les formats virtuels seront appelés à prendre de plus en plus de place dans l’industrie de la musique. Si les géants doivent certainement s’adapter aux différents marchés locaux, le streaming permettra aux amateurs de musique d’écouter leurs albums favoris sans que ceux-ci ne soient nécessairement en vente dans tous les bons magasins. Ni Spotify, ni Deezer ou Rdio n’ont répondu aux demandes d’entrevues du Montréal Campus.

Crédit photo : Catherine Paquette

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