À la uneUQAMUne grève dans les bagages

Avatar Raphaëlle Ritchot3 avril 20154 min

Alors que les étudiants étrangers se heurtent à un nouveau pays et à une nouvelle université, ils doivent faire face à la grève, une situation sur laquelle plusieurs ont des opinions divergentes.

En échange pour un an à l’UQAM, l’étudiant suisse Youri Bernet pourrait devoir passer de nouveau par le processus administratif une fois la session terminée. Il s’inquiète par exemple du délai auquel il fera face lorsque viendra le temps de rentrer à la maison. Si certains étudiants étrangers y voient une opportunité de s’engager dans la société civile du pays qui les accueille, la grève est pour d’autres un évènement impromptu dans leur séjour au Québec.

«La situation m’a inquiété au début, mais je me suis renseigné et on m’a expliqué qu’il y avait des régimes d’exception pour les étudiants étrangers, puisque j’ai un vol de retour qui est déjà prévu», explique l’étudiant en relations internationales. Les situations des étudiants étrangers varient d’un cas à l’autre, mais il existe tout de même deux grands cas de figure qui reviennent souvent à l’UQAM, explique la directrice des Services à la vie étudiante, Manon Vaillancourt. Dans le cas où le semestre devait se prolonger, l’étudiant étranger qui allait continuer ses études au semestre d’automne prochain n’aurait pas de problème. Il aurait eu à renouveler ses papiers d’une manière ou d’une autre. Toutefois, si l’universitaire termine ses études à la fin du semestre en cours et que son permis d’étudiant a une durée limitée, il devrait renouveler ses papiers, ce qui entraînerait des frais supplémentaires, explique la directrice.

Pour venir étudier au Québec, les étudiants étrangers doivent se munir de deux papiers essentiels: le certificat d’acceptation du Québec et le permis d’études, dont le coût de chacun s’élève à plus d’une centaine de dollars.

Lors de la grève de 2012, les universitaires en échange ont pu profiter d’un plan de formation à distance mis en place par les enseignants. Cette mesure particulière visait à leur permettre de rentrer chez eux à la date planifiée. Youri Bernet souligne que l’UQAM a aussi tout intérêt à protéger les étudiants étrangers parce que s’il y avait souvent des problèmes avec l’acquis des crédits à cause de la grève, l’UQAM risquerait de baisser dans l’estime des autres universités.

Mobilisation internationale

Les étudiants étrangers n’ont pas tous le droit de se prononcer sur les enjeux de la grève en assemblée générale. Pour avoir un droit de vote lors des assemblées, l’étudiant doit faire partie d’un programme de l’UQAM, ce qui n’est pas le cas des étudiants en échange puisqu’ils étudient toujours pour leur université et qu’ils se font créditer des cours de l’UQAM. Par contre, il est possible pour les étudiants en échange d’avoir un droit de parole, rapporte Olivier Grondin, coordonnateur aux affaires académiques de l’AFESPED.

Dans la foulée des assemblées générales, deux étudiants internationaux en science politique à l’UQAM, Tristan Lamour et Clara Mercier, ont créé un comité pour les étudiants étrangers de l’AFESPED*. Dans le but d’informer ces derniers sur la grève, les conséquences de celle-ci et les manières dont il était possible pour eux de se mobiliser, ils ont tenu deux rencontres au cours des dernières semaines.

Julie Beauchamp, membre du comité légal de l’ASSE*, rapporte qu’il y a certains dangers relatifs à la participation des étudiants internationaux aux manifestations. «Il n’y a pas de danger concernant les règlements municipaux, rapporte-t-elle. Par contre, si un étudiant étranger est en état d’arrestation pour des motifs plus graves comme entrave au travail d’un policier, il peut y avoir des problèmes concernant une demande de résidence permanente ou pour un visa.»

L’étudiante française au baccalauréat en science politique à l’UQAM, Anaïs Garestier, trouve pour sa part que l’austérité est une cause à laquelle il est facile de se rallier. «Le mode de vie ici est semblable à celui en France, alors du coup, je n’ai pas eu de difficulté à avoir une opinion sur le sujet. Lorsque je vois ce qui se passe en assemblée générale, quand j’entends les gens parler, j’ai envie d’aller aux manifestations», renchérit l’étudiante.

Les étudiants internationaux de l’AFESPED ont conclu leur première réunion par une discussion sur le fait de participer à une grève dans un autre pays. «Je n’aurais pas découvert le Québec comme je l’ai découvert, si je ne m’étais pas impliqué lors de la grève du printemps érable», s’exclame Tristan Lamour, coresponsable du comité d’information.

Les membres du comité des étudiants étrangers de l’AFESPED souhaiteraient former un comité indépendant et peut-être même inter-facultaire pour intégrer le mieux possible les étudiants internationaux dans la communauté uqamienne.

*AFESPED: Association facultaire étudiante de science politique et de droit

*ASSE: Association pour une solidarité syndicale étudiante

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