À la uneOpinion>Mots tabousUn recteur démuni

Avatar Catherine Paquette17 février 20153 min

En décembre, le recteur Robert Proulx a généreusement accordé une entrevue au Montréal Campus. Lors de notre rendez-vous annuel, les traits tirés, d’une voix monotone, il a dévidé ses plus belles phrases, une petite musique en mode:  Les relations avec les autres universités du monde ne peuvent qu’enrichir l’UQAM, développons-nous main dans la main avec les recteurs des autres continents pour rayonner sur le plan mondial…laissez-moi terminer madame Paquette!

En bref, son message est celui d’un monsieur au message ambitieux, mais bien penaud devant des coffres à sec.

Le Plan Stratégique 2014-2019, auquel le recteur tient mordicus, comporte quatre grandes orientations: «Actualisation des modes de développement de l’Université», «Instauration de pratiques de gestion plus efficientes», «Mise en place d’un milieu de vie sain, dynamique et stimulant», et «Renforcement de l’ancrage de l’Université dans son milieu».

Parmi ces idées, celle que le recteur spin le plus, c’est l’internationalisation de l’université. À ses yeux, le plus important est de faire connaître l’UQAM et ses chercheurs sur la scène mondiale et de jumeler les disciplines d’enseignement ici sur le campus.

Mais tel le protagoniste d’une belle histoire, Robert Proulx voit sur son chemin un obstacle colossal: le grand méchant premier ministre, qui a plutôt choisi de ralentir le développement de sa province. Cela va de soi, les objectifs du gouvernement et ceux de l’UQAM sont à l’opposé.

La grande dépression dans laquelle nous entrons, à la lumière des décisions que prend notre gouvernement austère, ne permettra en rien le développement imaginé par Robert Proulx.

Les étudiants devront choisir parmi les cours de moins en moins nombreux, donnés par des professeurs ou chargés de cours aux congés sans solde. Le recteur croit probablement qu’il n’a d’autre choix que de couper dans le gras de ses employés, puisque le gouvernement demande à tous de faire sa part.

Le Montréal Campus prépare actuellement un article sur les effets de l’austérité à l’UQAM. De concert avec les étudiants, l’équipe croit bon de dénoncer les mesures de retour à l’équilibre budgétaire entreprises par le gouvernement, mais également de pointer du doigt une attitude de déni de la part de l’UQAM, qui choisit d’aller de l’avant avec son Plan directeur immobilier et l’internationalisation, dans le contexte actuel.

Dès l’été, il y aura un petit déménagement de plusieurs facultés, qui coûtera 5 millions, et qui engendrera d’autres frais allant jusqu’à 11 millions pour réaménager l’UQAM. Le campus va changer, il y aura assez de place pour accueillir les étudiants, ce sera génial, ils n’auront plus à se déplacer d’un pavillon à l’autre! Les transferts de fonds, nécessaires à la réalisation de ce projet, creuseront davantage le déficit budgétaire de l’UQAM. Et si ce 11 millions servait plutôt à payer les enseignants, afin que le savoir se transmette par le biais de gens toujours passionnés de leur travail?

Selon Robert Proulx, les mesures austères sont temporaires. Il est optimiste et juge important de miser sur le potentiel de l’université. Tout le monde, ne vous en faites pas avec le 2% de réduction de votre salaire, vous devriez être fier que l’UQAM ait des amis au Brésil et que l’ESG ait tous ses bureaux à la même adresse. Bien qu’il soit impossible d’être contre le développement dont rêve le recteur pour son institution, il vaudrait peut-être mieux se questionner sur les échéances de ces beaux projets, et continuer de militer contre les injustices auxquelles Philippe Couillard nous soumet, exploitant une l’apathie du recteur Robert Proulx.

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