À la uneBaromètreLa sédentarité

Emile Mercille Brunelle22 janvier 20151 min

Il marche seul, puis s’accroupit sur l’herbe blanchâtre d’une colline, près des fondations de l’hôtel dont il est le propriétaire. Mélancolique, il cherche les souvenirs lointains d’un passé glorieux et passionné. Le vent puissant couvre tous les sons environnants, excepté sa puissante respiration.

Écrivain à ses heures, Aydin (Haluk Bilginer) perçoit aussi les loyers de ses locataires pauvres et hostiles. Il vit avec sa sœur divorcée Necla, sa jeune femme Nihal (Melisa Sözen) et son homme à tout faire, Hidayet. Après avoir encaissé plusieurs rebuffades de la part de ses proches, l’homme d’affaires songe à déménager pour quelque temps à Istanbul. Mais avant de partir, Aydin ressent le besoin de confronter sa femme, particulièrement distante, victime du paternalisme de son mari.

Ce long métrage turc d’une durée de 196 minutes et gagnant de la Palme d’or au dernier Festival de Cannes situe son action dans un petit village d’Anatolie. Le cinéaste Nuri Bilge Ceylan privilégie une intrigue minimaliste, à travers une mise en scène dépouillée. Ses très longues scènes lui permettent d’exposer une rare profondeur qui puise sa force dans l’intimité très crédible de ses interactions humaines.

 

Haluk Bilginer compose un quinquagénaire solitaire fascinant. Tel le Jep Gambardella du film italien La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino, on se délecte de son arrogance dans ses rapports sociaux, mais aussi de ses phases silencieuses dans lesquelles il contemple l’aridité de son environnement, sur fond de Schubert. Son monologue final, aussi percutant qu’un cri de désespoir, est à la fois déchirant et d’une indicible beauté.

 

Winter Sleep, Nuri Bilge Ceylan, Turquie, 196 minutes, à l’affiche depuis le 16 janvier 2015.

 

4/5

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