À la uneBaromètreMélodies de fond de ruelles

Avatar Jules Sabourin19 novembre 20142 min

Le bouquin n’a vraiment rien d’attirant à la base. Une assiette de carton sur la couverture, à l’intérieur deux poissons calcinés et leurs pommes de terre. Et puis ce titre: De Rose à Rosa, blanc sur bleu métal. Le nom de l’auteur, Michel-Olivier Gasse, en haut de ce macabre assemblage en petites lettres timides, quasiment de la même couleur que le fond, bleu sur bleu, genre. Mon Dieu, qu’on se dit, le directeur artistique aux Éditions Tête Première filait un mauvais coton ce jour-là. On a presque envie de l’appeler et de lui demander s’il a envie d’en parler.

Non, vraiment, rien pour lui ce petit livre. C’est en l’ouvrant qu’on assiste à l’aberration: mais comment une maison d’édition peut-elle décider d’apposer une telle couverture à une lecture si lumineuse?

Michel-Olivier Gasse est musicien. Apparemment, il laisse parfois la guitare basse de côté pour prendre la plume. En 2013, il sortait un premier roman chez Tête Première, Du cœur à l’établi; une autofiction, murmurent ceux qui connaissent «le Gasse», comme aiment le surnommer ses chums. Et ses chums, attention, ce sont des musiciens que l’on connait, Vincent Vallières, son acolyte de toujours pour qui il joue de la basse, Chantal Archambault, Dany Placard, et le groupe Caloon Saloon, dans lequel il joue, écrit et chante.

Ce qui est clair, c’est que le type est peut-être d’abord musicien, mais pas loin derrière se cache l’âme d’un conteur. Son sujet de prédilection pour ce deuxième effort littéraire est la vie qui se déroule dans sa ruelle de Villeray, en bordure de l’autoroute Métropolitaine au beau milieu de la métropole bétonnée. Michel-Olivier Gasse observe, note, s’émeut. On lit comment il se prend d’affection pour sa nouvelle voisine prénommée Rosa et voilà qu’on se reconnaît tous, sourire en coin.

D’abord publiées dans le Voir, les chroniques qui constituent De Rose à Rosa sont traversées d’une authentique humanité. Michel-Olivier Gasse tend toutefois à se donner le rôle du bon gars coûte que coûte, ce qui, si vous êtes comme moi, finira par vous agacer. C’est le problème du récit. Si la fiction permet de tout faire passer par des personnages, la réalité couchée sur papier comporte des risques. On sent, en lisant ces chroniques autrement délicieuses, quelque chose comme une odeur de relations publiques. Ce n’est peut-être même pas volontaire.

Mais Michel-Olivier Gasse raconte sa ruelle avec un souci du détail et une minutie rare. Les gestes anodins prennent toute la place, deviennent repères universels, rassembleurs, humains. On pense à un hybride du Guillaume Vigneault de Carnet de Naufrage et de Réjean Ducharme, à cause de l’utilisation naturelle du joual, sans rougir et sans italique. Rapidement, on comprend qu’on s’est fait avoir. D’accord, la couverture est plus laide que Mick Jagger, mais ce qui se trouve en son sein rocke presque autant.

 

De Rose à Rosa, Michel-Olivier Gasse, éditions Tête Première, 2014, 288pages.

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