Lorsque j’arpente le bucolique campus de mon université, je garde toujours les yeux ouverts, prête à attraper au passage une idée d’article. Ces derniers temps, mes observations se résument à des annonces de partys de début de session, des invitations à des assemblées générales, des étudiants de l’ESG qui transpirent sur un vélo stationnaire et la mascotte 8défis qui me donne des tapes sur le sac à dos chaque fois que je la croise. Que voulez-vous, c’est la rentrée. Vous l’aurez deviné, je suis du genre à scruter les babillards avec attention. C’est une bonne façon de prendre le pouls de la communauté uqamienne, mine de rien. Pourtant, en quatre ans passés à l’UQAM, jamais je n’avais remarqué d’affiches faisant la promotion de cours donnés à l’Université (voir l’article en page 4). Pas des cours de piano à 25$ de l’heure, ceux à trois crédits, avec des sigles pis toute.

Antidote 10

Je l’avoue, c’est complètement passé sous mon radar, et j’ai été surprise, en novembre dernier, lorsque notre stagiaire m’a fait part de son observation. Je savais que la situation des chargés de cours était précaire, mais de là à carrément faire de l’autopromotion… Désirant en savoir plus, j’ai mis un homme là-dessus. Ça aurait pu être une femme, mais ça a adonné de même. Fort heureusement, je n’étais pas la seule à ignorer l’existence de ces campagnes publicitaires. Le Syndicat des chargées et chargés de cours (SCCUQ) lui-même n’était pas au courant du phénomène avant que notre journaliste leur pose des questions. Mes doutes se sont dissipés. Malgré qu’elle soit bien réelle, la précarité n’est pas en cause dans cette affaire.

Il est louable de vouloir gonfler le ratio de ses classes. Sérieusement, ça doit être barbant d’enseigner à une salle à moitié vide. Qui peut blâmer un chargé de cours de vouloir passer le cap des 120 étudiants et ainsi gagner le double de son salaire? Cela dit, ils sont peu à pouvoir se permettre de placarder des affiches vantant de la sorte leurs charges de cours. Soit ça prend des sacrés guts, soit il faut être un prof minimalement cool. Le chargé de cours Stéphane Leclerc a avoué à notre journaliste qu’il avait déjà une bonne réputation auprès des étudiants, et c’est ce qui lui assure un grand auditoire chaque session. Son collègue à la retraite, Jean-Pierre Masse, avance quant à lui que les cours se remplissent davantage grâce au bouche-à-oreille qu’à la publicité proprement dite.

Qui plus est, ce ne sont pas toutes les matières qui font courir les foules. Un cours sur le cinéma japonais, ça attire les geeks, les amoureux de mangas et les mordus du septième art, alors qu’un cours de bioinformatique, ça n’attire que les geeks. Mon illustration manque de subtilité, mais vous comprenez l’idée. Certaines matières sont vouées à l’impopularité. Et faire la promotion de cours de bioinformatique, c’est pas trop sexy.

Maintenant, comme une malédiction, je vois ces affiches partout. Si cette pratique est portée à gagner encore en popularité, comme le font généralement les initiatives mercantiles, j’imagine déjà la scène. Les babillards qui débordent, des affiches flamboyantes placardées dans les ascenseurs et dans les chiottes à côté des poèmes de Toilettes publiques, des hommes-sandwichs qui vous attendent à la sortie du métro, des mascottes à l’effigie de personnages de dessins animés nippons, des publicités dans les pages du Campus. Ouf, j’ai la tête qui tourne.

Camille Carpentier

Chef de pupitre UQAM

uqam.campus@uqam.ca 

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