À la uneBaromètreLe corrupteur

Avatar Emile Mercille Brunelle13 janvier 20142 min

Pour raconter l’histoire du tristement célèbre fraudeur, Jordan Belfort, l’incontournable cinéaste Martin Scorsese et l’acteur Leonardo DiCaprio ont décidé d’adopter un ton satirique. Le loup de Wall Street expose la même problématique de société que son prédécesseur, American Psycho, mais la route choisie pour dénoncer le propos est fort différente. Résultat : un cocktail d’alcool, de drogues dures, de sexe et de vulgarité à outrance. Le loup se voit complètement exhibé, de ses fantasmes les plus grotesques jusqu’à ses ambitions matérialistes les plus démesurées, en passant par ses techniques de persuasion immorales. Nous n’aurions pu demander mieux de la part du tandem Scorsese Dicaprio, probablement leur meilleure collaboration jusqu’à maintenant.

Jordan Belfort et son partenaire Donnie Azoff (inoubliable Jonah Hill), fondateurs de la compagnie Stratton Oakmont, multiplient les fraudes et accumulent une fortune démesurée. Pour eux, le succès se résume à ceci: une montre à 3000 $, des costumes à 4000$, prendre le volant du dernier modèle de Mercedes Benz, être propriétaire d’un yacht et d’une immense maison, coucher avec autant de prostitués que possible, et consommer plusieurs drogues dures différentes pour vivre des expériences stimulantes.«Je savais beaucoup mieux qu’eux la dépenser», résume le Jordan Belfort incarné par un DiCaprio au sommet de son art, sa performance la plus mémorable depuis The Departed, du même réalisateur.

Plusieurs ont critiqué l’aspect de la vulgarité excessive du film, dénonçant le fait que le personnage de Jordan Belfort ne regrette pas ses gestes dans le dénouement, ce qui encouragerait de tels comportements. Cette volonté du cinéaste d’échapper à l’aspect scénaristique traditionnel et prévisible de la rédemption du protagoniste doit-elle immédiatement être associé à l’encouragement de telles attitudes?

Parce que, dans tous les cas, c’est bien l’originalité d’une œuvre qui la distingue de ses semblables. Si tout le monde se souvient du Django Unchained de l’année passée, c’est bien parce que Tarantino y avait apposé sa signature d’humour irrévérencieux et d’ultra violence. Même phénomène pour le très dur 12 years a slave de Steve McQueen, dans lequel l’humour est remplacé par le réalisme. Si tout le monde se souvient du Patrick Bateman d’American Psycho, ou du Alex Delarge d’Orange mécanique, c’est bien parce que les personnages manifestaient une forme sadisme incroyable dans les crimes que l’un commettait, alors que l’autre s’imaginait commettre. Les propos de ces films sont encore aujourd’hui reconnus et salués. Et comme tous ces grands films, nous nous souviendrons du loup pendant encore très longtemps.

Le loup de Wall Street, Martin Scorsese, États-Unis, 180 minutes.

En salles depuis le 25 décembre 2013

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