À la uneUQAMPropre, pas propre, j’y vais!

Étienne Cournoyer4 décembre 20135 min

Tout ne baigne pas au Centre sportif de l’UQAM. Depuis quelques années, des utilisateurs de longue date remarquent une décrépitude dans l’entretien et la gestion du bâtiment.

Ne passant rarement plus que trois ans à l’Université, les utilisateurs du Centre sportif arrivent rarement à comparer l’offre de services sur une longue période. En cinq ans, les tarifs de certains cours ont augmenté de 80%, et certaines activités ont vu leur nombre de groupes fondre comme neige au soleil, en particulier à la piscine.

Blasé devant l’inaction de la direction suite à ses nombreuses plaintes, François*, utilisateur du Centre sportif depuis 2001, souhaite lever le voile sur une réalité qu’il estime inconnue de la majorité des usagers uqamiens. «Il y a un relâchement généralisé au niveau de l’entretien et des employés», déplore l’étudiant. Il se dit frustré du huis clos dans lequel se prennent les décisions concernant le Centre sportif. Le directeur de l’établissement, Jean-Pierre Hamel, avoue ne pas faire de grandes consultations auprès des étudiants avant de prendre les décisions. «Lorsqu’on coupe des cours ou des heures, c’est parce que la participation est négligeable. C’est dommage pour les quelques personnes touchées, mais on veut satisfaire le plus grand nombre d’usagers», explique l’administrateur.

La piscine du Centre sportif fait l’objet de plusieurs critiques de François, qui l’utilise de façon régulière depuis plusieurs années. Selon lui, il n’est pas rare de n’avoir que trois corridors alloués aux nageurs, alors que les autres sont réservés à des cours, engorgeant ainsi les corridors restants. «En 2001 – 2002, il y en avait toujours cinq à notre disposition, on en a enlevé progressivement pour des cours privés, car c’est lucratif pour le Centre», croit l’usager de longue date. Pour le directeur, Jean-Pierre Hamel, ces cours privés comme le Gym liquide sont en effet de bonnes sources de revenus. «Ils n’empiètent pas sur les activités normales, nous aurions un problème si c’était le cas», se défend-il.

Des normes floues

Malgré les normes sanitaires établies par le Centre sportif, la propreté des lieux s’est dégradée au fil des ans, selon François. Il donne comme exemple la douche obligatoire avant d’entrer dans la piscine. «Les règles, ce sont des règles, elles sont là et on les met en application. À la piscine, tout le monde doit effectivement prendre sa douche s’ils veulent entrer», tranche Andrée Dionne, animatrice à la piscine. François, surpris par cette affirmation, remarque que la grande majorité des usagers sautent cette étape avant d’entrer dans l’eau et que les sauveteurs n’en font rien. «C’est une règle qui n’est en effet pas respectée par tout le monde, mais c’est comme ça dans plein d’autres piscines publiques. Si la qualité de l’eau était affectée, nous serions plus sévères dans l’application du règlement», nuance Jean-Pierre Hamel.

Selon Justine Morin, étudiante au doctorat en épidémiologie à l’Université Laval, ne pas se doucher avant d’entrer dans l’eau augmente les risques de problèmes sanitaires, en particulier dans une piscine publique. «Lorsqu’un baigneur ne prend pas sa douche, toute transpiration ou autre matière azotée produite par le corps combinée avec l’eau chlorée crée des chloramines», explique-t-elle. Ces composés chimiques nocifs polluent l’eau et peuvent irriter les voies respiratoires. La future doctorante croit également que le port du casque de bain aide à prévenir la propagation de bactéries. À la piscine du Centre sportif, il n’est pas obligatoire d’en porter. «Ils préviennent la propagation de saletés, de pellicules et de poux entre autres», énumère l’étudiante.

Les bons comptes font les bons amis

À partir de 2007 – 2008, une cotisation obligatoire de 40$ par session a été instaurée, et c’est vers cette période que François a remarqué une diminution de qualité. «On aurait pu s’attendre à de meilleurs services avec cette hausse de revenus, alors que ça a été tout le contraire», déplore-t-il. Pouvoir s’entrainer gratuitement est une des raisons pour laquelle l’usager vétéran croit que les choses ne bougent pas. «Les gens ferment les yeux, car ils n’ont rien d’autre à payer que le 40$ en début de session. Ils ne voient pas ce qui est en train de se passer», souligne-t-il.

Le budget du Centre, fixé à 4,8 M $ l’année dernière, est financé à 70% par les cotisations étudiantes. Avec un déficit de 45 000$, l’institution essaie de trouver un juste milieu entre ses besoins financiers et ceux des étudiants, fait valoir son directeur. «Instaurer la cotisation obligatoire a permis d’offrir une programmation plus complète et mieux adaptée, et l’ajout de nouveaux programmes comme le 8 défis santé», explique Jean-Pierre Hamel. Le directeur assure que chaque dollar des revenus annuels est dépensé dans le Centre sportif, mais que d’autres revenus seraient souhaitables, soit par l’entremise de subventions gouvernementales ou d’une meilleure aide financière de l’UQAM.

Ce n’est pas que des changements financiers qui règleront la situation selon François. D’après lui, les employés ne sont pas étrangers au problème. «J’en vois plusieurs texter ou faire leurs devoirs pendant qu’ils travaillent», déplore l’étudiant. Catherine Lane a travaillé de 2007 à 2012 au Centre sportif en tant qu’instructrice à la salle d’entrainement et dresse un portrait différent de la situation. «J’ai toujours été très disponible pour ceux qui s’entrainaient et je ne connais pas un de mes collègues qui avait l’air de s’en foutre», lance l’ancienne employée.

Jean-Pierre Hamel invite les étudiants mécontents à remplir un formulaire de plainte adressé au Centre. Recevant ces plaintes à toutes les deux semaines, il assure qu’il fait un suivi pour chacune d’entre elles. François croit également qu’il est important et légitime d’exprimer son mécontentement. «Ça fait des années que j’essaie de faire changer les choses et j’espère que d’autres n’hésiteront pas à réclamer de meilleurs services, car on mérite mieux que ce à quoi on a droit présentement.»

*Nom fictif

***

 

Différence de prix et du nombre de groupes des cours à la piscine pour les membres 

Cours en 2008

-Entraînement des maîtres (3 groupes – 75$)

-Aqua-Spinning (9 groupes – 40$)

-Water-Polo (1 groupe – 40$)

-Monopalme (3 groupes – 32$)

-Plongée sous-marine (3 groupes – 120$)

-Natation II (7 groupes – 30$)

Cours en 2013

-Entraînement des maîtres (2 groupes – 97$)

-Aqua-Spinning (4 groupes – 48$)

-Water-Polo (2 groupe – 59$)

-Monopalme (2 groupes – 54$)

-Plongée sous-marine (1 groupe – 129$)

-Natation II (1 groupe – 54$)

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