Opinion>En coulissesLes ringards du folklore

Avatar Audrey Desrochers7 novembre 20122 min

Fanny a 19 ans. Elle étudie en éducation spécialisée. Elle joue au hockey et aime affreusement le chocolat. Sinon, quoi vous dire… Ah! Oui! Elle danse. Elle danse en ligne. Les vendredis soirs, parfois les jeudis, elle enfile un beau chandail, des jeans, ses petits souliers jaunes et elle s’éclate dans le sous-sol d’une taverne près de chez elle.

Je vous entends déjà dire : «Elle ne doit pas avoir ben des amis, pauvre fille.»

Eh bien, oui, elle a autant d’amis qu’il est d’usage d’en avoir. Elle en a même quelques-uns qui dansent avec elle. Comme le beau Simon (sans blague, il est assez beau garçon). Elle ne voulait pas que je vous dise, mais quand c’est une danse à deux, elle se glisse subtilement à côté de lui en espérant qu’un jour, il l’invite à partager un rigodon. 

Fanny n’est pas gênée de parler de sa passion. Elle n’a pas honte de pratiquer la danse en ligne. Comme elle, de plus en plus de jeunes s’intéressent au folklore québécois. Surtout en région, là où la flamme traditionnelle n’était pas tout à fait éteinte.

Il reste cependant de nombreux préjugés à déconstruire. Parce que tsé, c’est tellement quétaine, la danse en ligne pis les chansons à répondre, disent certains. Ce sont des traditions qui ne concernent que quelques mamies assez en forme pour swinguer leur partenaire une ou deux fois par semaine, disent d’autres. La danse et la musique traditionnelles, le tressage de la ceinture fléchée, la vannerie, les contes, tout ça fait pourtant partie intégrante des us et coutumes du Québec.

Il y a donc beaucoup d’éducation à faire. J’ai entendu quelqu’un, la semaine dernière,  affirmer que les Cowboys Fringants font du folklore. C’est ben pour dire. La plupart des jeunes de ma génération ne savent pas faire la différence entre un groupe de folk pop québécois plate et les Charbonniers de l’enfer.  

La Chasse-Galerie, ce n’est pas seulement une salle de spectacle à Lavaltrie. C’est aussi un des contes les plus significatifs de la littérature québécoise. Honoré Beaugrand, ce n’est pas seulement une station de métro sur la ligne verte. Les feux follets n’ont pas été inventés par Fred Pellerin. Mais tout le monde sait ça…

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Après la Révolution tranquille, le Québec s’est mis à regarder de l’avant. Tellement en avant qu’on en a oublié nos traditions. «Icitte y’a juste les plaques de char qui ont encore un petit peu de mémoire», comme le chante si bien un supposé groupe trad.  

Tout ça devrait faire notre fierté. Mais tout ça se perdra si on continue de catégoriser ces pratiques comme quétaines. Je vous jure, Fanny n’est pas une ringarde. Je vous jure, ce n’est pas ringard de participer à faire renaître de ses cendres un folklore trop longtemps boudé. 

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Suggestions.

Si l’envie vous prend de vous dégourdir les mollets avec un bon groupe de trad – ou simplement d’enrichir votre ipod de musique d’ici – je vous propose d’écouter Belzébuth ou Hommage aux aînés. En bonus, vous pourrez impressionner mamie au Jour de l’an en poussant la chansonnette. Excusez-là.

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