Opinion>Mots tabousLes ex-syndicaliss

Avatar Catherine Lévesque24 octobre 20122 min

Quand elle parle de ses luttes syndicalistes d’antan, ma grand-tante s’énerve. À l’époque où les femmes brûlaient leurs brassières et que le macramé était à la mode, elle a usé bon nombre de souliers en manifestant, elle a brandi des pancartes, elle a bloqué des locaux.

Antidote 10

On dit même qu’elle a aidé à briser les machines à laver dans l’hôpital où elle travaillait comme moyen de pression. Mais ça, ça reste à confirmer.

Loin de se prélasser dans le sud avec son régime de retraite, elle a fondé une organisation artistique dont elle s’occupe encore maintenant. Elle est à la retraite depuis une vingtaine d’années, mais son horaire est aussi – sinon plus – chargé que lorsqu’elle travaillait. Recherche de commandites par ci, cours de Photoshop par là, une exposition à monter; elle trouve toutefois le temps pour faire signer des pétitions pour dénoncer un quelconque règlement municipal.

Ses yeux brillent quand elle raconte ses accrochages avec la mairie de sa ville. L’autre jour, elle a d’ailleurs dû se rendre à la cour municipale, avec quelques autres personnes, pour avoir fait des demandes «abusives» à la ville. Elle s’est empressée de faire savoir qu’elle n’avait envoyé qu’un courriel – oui, oui, un seul – pour obtenir une information. Je la soupçonne de prendre plaisir à ridiculiser l’administration, qui n’est pas un exemple de transparence. Elle a d’ailleurs été gentiment remerciée après son court témoignage.

Ma grand-tante est une femme de tête. Ses 25 ans de militantisme lui auraient peut-être valu d’être tapochée par une agente 728 de l’époque qui la traiterait d’«asti de syndicaliss», de «mangeuse de marde», qui sait.  Ma grand-tante, qui a côtoyé des adeptes de Marx dans sa jeunesse – sans adhérer à l’idéologie – a toujours défendu l’organisation pour laquelle elle travaillait et les droits de ses travailleurs. Tout ce qu’elle fait, elle le fait avec passion, sans compter les heures que ça implique.

Le candidat au rectorat Gérald Larose me semble être un de ces passionnés. Même si son équipe a produit des vidéos YouTube dont les prises de vue laissent à désirer, l’ex-président de la CSN étale son expérience et décrit ses capacités de gestionnaire. Contre un mur, le regard au loin, il énumère ses multiples fonctions.

C’est un coloré, Gérald. Celui qui veut une éducation «accessible et en français» ne fera sûrement pas le poids à la CREPUQ s’il est choisi, mais avouons quand même que sa présence au sein des recteurs qui crient au sous-financement serait rafraîchissante.

On peut bien rire des ex-syndicaliss ou des syndicaliss tout court, dire que leur ère est terminée, qu’il est démodé de verser un sac d’amiante sur la tête des ministres libéraux. Mais on a besoin de la ferveur de ces militants aux tempes grisonnantes. Que ce soit ma grand-tante qui exaspère le maire ou Gérald Larose qui met l’UQAM à l’envers avec sa candidature, ils sont des chiens de garde.

Pis, entre vous et moi, l’Université a besoin de se faire brasser.

Admirez les vidéos:

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