UQAMLa TELUQ se fait taper sur les doigts

Avatar Frederic Lacroix-Couture10 octobre 20124 min

Honoraires gonflés, apparence de conflits d’intérêts: l‘aménagement des nouveaux locaux de la TELUQ crée des vagues.

En avril dernier, un membre du conseil d’administration de la Télé-université, Denis Robichaud, déclenchait toute une tempête. Il démontrait dans un reportage au Téléjournal de Radio-Canada des irrégularités dans l’aménagement de nouveaux locaux de la TELUQ, ce qui a forcé la tenue d’une enquête. Six mois plus tard, le rapport confirme les allégations du professeur. Aucun contrat n’a cependant été octroyé et la TELUQ s’en sort sans dégâts. «Je suis content d’avoir fait mon travail, se réjouit Denis Robichaud. Je pense avoir fait sauver de l’argent à la TELUQ et aux contribuables.» Les conclusions de la vérificatrice externe Louise Labrie, de la firme Raymond Chabot Grant Thornton, mettent en lumière le gonflement, après les appels d’offre, des honoraires des architectes et des ingénieurs. La Télé-université a fait fi des règles du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, et du Conseil du Trésor sur l’octroi de contrats. Le rapport demeure toutefois muet quant au montant supplémentaire des honoraires. «Selon mes vérifications, la somme excédentaire s’élevait à 434 303 $», affirme sans hésiter Denis Robichaud.

Antidote 10

Au public de juger
Le professeur de la TELUQ avait également découvert des liens entre trois des quatre membres du comité de sélection et la vice-présidente de la firme d’archi- tectes qui avait été choisie, soit Régis Côté et associés. Le directeur des affaires administratives par intérim, Paul Preseault, de la TELUQ et membre du comité de sélection a travaillé avec la vice-présidente de la firme d’architectes, Hélène Grand-Maître, à deux reprises, en plus de faire partie du même réseau social. Le directeur des ressources matérielles, Christian Gingras, et un chargé de projets de l’Uni- versité du Québec (UQ), Jean-Sébastien Gohier, aussi membres du comité de sélection, ont été employés de la vice-présidente de la firme, alors que celle-ci occupait un poste à l’UQ.

Le rapport d’enquête n’indique pas clairement s’il y avait apparence de conflit d’intérêts puisque la vérificatrice n’a pas les compétences requises pour porter un tel jugement. Le professeur croit toutefois que ce sera à la population d’en juger. «C’est la perception du public sur la conduite du fonctionnaire qui détermine l’existence d’un conflit d’intérêts ou non», explique Denis Robichaud. La vérificatrice mentionne que les membres du comité n’ont jamais cru être en conflit d’intérêts. Ils n’ont pas considéré que leur choix de siéger sur le comité pouvait mettre en doute leur intégrité aux yeux
du public.

Remèdes proposés
Le rapport recommande que le code d’éthique, déontologique et la politique de conflit d’intérêts de la TELUQ soient élargis à tout le personnel et non plus seulement aux membres du conseil d’administration. La vérificatrice conseille aussi l’embauche d’un gestionnaire externe afin de limiter le risque d’erreurs et l’implantation d’un mécanisme de révision des calculs effectués par celui-ci. La direction de la TELUQ recon- nait ses torts et entend faire suite aux recommandations. «Oui, il y a eu des erreurs de calcul, mais elles ont été découvertes à temps puisqu’aucun contrat n’a été accordé», insiste le secrétaire général de la TELUQ, Pierre Le Gallais. Dans les faits, la Télé-université a décidé, au moment de la divulgation des allégations de dépassement de coûts, de transférer la responsabilité des travaux de construction au propriétaire de l’immeuble dont il est locataire, soit le 5800 rue Saint-Denis.
Quant à l’apparence de conflit d’intérêts, Pierre Le Gallais minimise les liens évoqués dans le rapport. «On ne peut empêcher les gens de se connaître. C’est un petit monde qui est celui de la TELUQ et de l’UQAM», soutient-il.

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Du divorce au déménagement
2005: Rattachement de la TELUQ à l’UQAM. Mars 2010: Les membres du conseil d’administration de la TELUQ réclament une défusion
avec l’Université du peuple. Janvier 2012: Le divorce UQAM-TELUQ est autorisé par le gouvernement du Québec.
Février 2012: Début du processus de sélection pour les firmes d’architectes et d’ingénieurs concernant le projet d’aménagement des nouveaux locaux.
Mars 2012: La firme d’architectes est choisie.
Avril 2012: Le professeur Denis Robichaud remarque un dépassement de coûts des honoraires des architectes et des ingénieurs. Il en fait part au conseil d’administration et la direction de la Télé-université ouvre par la suite une enquête.
Mai 2012: La TELUQ décide d’annuler le contrat avec la firme d’architectes en vue d’une reprise de l’appel d’offres.
Août 2012: La TELUQ signe un bail avec le propriétaire de l’immeuble. Celui-ci devient en charge des travaux d’aménagement des locaux.
22 août 2012: La TELUQ est officiellement redevenue une École supérieure. 18 septembre 2012: La vérificatrice externe publie les conclusions de son enquête.

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