À la uneCultureNon classéLa jeune fille à la…pomme

Avatar Marion Bérubé26 septembre 20123 min

Oubliez la peinture et la photo. Les fruits et légumes sortent du potager pour exposer leurs saveurs au grand public.

Soir de représentation à l’Usine C. 20 000 abeilles virevoltent sur scène au rythme d’un poème de Michel Onfray. Le metteur en scène Jean-Lambert Wild a confié le rôle principal à ces bourdonnantes actrices pour rappeler l’amnésie qui frappe les hommes. Mais les abeilles ne sont pas les seules à avoir fait le saut dans le domaine des arts. Passer du potager à la tribune publique est une pratique qui gagne en popularité.

«Dans le mot agriculture, il y a aussi “culture”», fait remarquer l’auteur-compositeur-interprète Jérôme Minière. Lors du lancement de son précédent disque, le musicien a eu l’idée anecdotique de combiner des codes de téléchargement de son album à… des tranches de saucisson. Si l’idée en a amusé plus d’un, elle a aussi motivé le chanteur à retenter le coup avec l’artiste visuelle Marie-Pierre Normand. Le duo a réuni 19 musiciens, comme les soeurs Boulay, Tristan Malavoy et Alex Nevsky, pour ne nommer que ceux-là, dans son projet d’épicerie musicale. Dans le cadre des Escales improbables (EI), les passants ont pu acheter un fruit ou un légume pour la modique somme de 0,99 $ et avoir accès à un code de téléchargement d’une chanson inédite. Par cette pratique inusitée, Jérôme Minière voulait dénoncer la disparition des albums physiques de manière plus ludique. «L’idée de rematérialiser la musique était de montrer qu’il y a un lien profond entre ces deux mondes. Dans l’agroalimentaire, si on a une petite ferme bio, ce n’est pas facile de s’en sortir. C’est la même chose pour la musique», compare-t-il.

Cette année, les EI regroupent plusieurs pièces et œuvres artistiques sous un thème organique. L’épicerie musicale n’est qu’une entrée dans le festin d’oeuvres que propose l’évènement. En plus de côtoyer des abeilles, les spectateurs ont pu discuter avec un apiculteur à propos de son métier. «Les gens ont vraiment aimé cette relation directe entre le spectateur et l’agriculteur, ils pouvaient discuter directement avec le compositeur», expose l’adjoint à la programmation des EI, Romain Varenne.

 Redorer le poivron

Dans le hall d’entrée de l’Union des producteurs agricoles (UPA), c’est jour de célébrations pour les quatorze peintres et photographes qui ont participé au concours d’œuvres agricoles. À plus petite échelle, l’UPA organise sa propre compétition artistique ouverte à tous leurs membres et employés. Jusqu’en octobre, le fruit de leur labeur est exposé au vu et au su de tous, ce qui permet de redorer le blason de la profession. Utiliser «l’artgriculture» peut aussi contribuer à remettre de l’avant un domaine effacé de la carte.

Les trois gagnants remportent un prix en argent en plus de voir leurs oeuvres orner les différents étages du siège social à Longueuil. «C’est grâce à l’agriculture qu’on peut avoir de belles choses, c’est la base de notre quotidien. Quand on utilise l’art pour la représenter, ça donne un petit plus et ça fait de belles oeuvres», relate fièrement l’administratrice du concours, Hélène Charbonneau.

Même si toutes ces nouvelles expositions ouvrent une fenêtre sur la profession d’agriculteur, il reste encore du chemin à faire pour démystifi er les pratiques du métier. «L’UPA a d’autres techniques qui ont fait leur preuves, mais tous les moyens sont bons pour faire la promotion du métier, y compris l’art», mentionne le responsable des communications de l’UPA, Patrice Juneau. Selon lui, la vision du métier d’agriculteur a bien changé depuis les années, principalement à cause du refl et véhiculé par les médias. Il déplore principalement la vision industrielle dépeinte à grands coups de pinceau par les journaux et la télé. «Ils montrent par exemple l’ouest canadien, où il a des mégas fermes industrielles. Ça ne correspond pas à l’agriculture québécoise, plus familiale», dénonce-t-il.

À l’Usine C, les projecteurs s’éteignent, le bourdonnement s’essouffle. Quand l’hiver pointe son nez, les abeilles retournent dans leurs ruches et les légumes patientent jusqu’à la saison chaude.

Illustration : Cloé Létourneau-Séguin

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