UQAMUn réseau enrhumé

Avatar Philippe Lépine23 novembre 20114 min

S’il semble simple d’obtenir le droit de militer, les responsables des trois Groupes de recherche d’intérêt public du Québec prouvent qu’il faut remuer ciel et terre pour assurer fertilité. Portait d’un réseau en quête d’engrais.

Fondés afin de lier campus universitaire et communauté pour défendre des causes à saveur sociale, politique et écologique, les Groupes de recherche d’intérêt public (GRIP) se font sans cesse couper l’herbe sous le pied et peinent à atteindre terre promise: du financement. Ils s’accrochent à la cotisation automatique non obligatoire (CANO) comme à un tuteur pour se tenir debout. Elle ne se révèle toutefois pas être la solution miracle aux déboires monétaires.

Les GRIP se sont vite répandus en Amérique du Nord dès la fondation du premier groupe à Washington en 1970. La mission est demeurée la même: les étudiants encouragent les membres de la communauté à agir en citoyens engagés. Ils ont, entre autres, contribué à instaurer le recyclage. Les universités McGill et Concordia ont été respectivement les premières à Montréal à se doter de telles associations au début des années 80, alors que l’UQAM attendra jusqu’en 1993 pour en former une. L’UdeM aurait brièvement disposé d’un groupe de recherche d’intérêt public qui a été démantelé peu de temps après la perte de la CANO. Le groupe uqamien demeure donc le seul GRIP francophone au monde.

Le GRIP-UQAM jouissait de 1,50 $ par tête d’étudiant quand il avait l’appui de l’Association générale étudiante des secteurs des sciences humaines, arts, lettres et communications jusqu’à la séparation de celle-ci en quatre divisions distinctes en 2001. Depuis, le GRIP-UQAM doit ré-obtenir l’accord des sept associations pour se procurer une CANO de 2 $. «On a réussi à tenir pendant dix ans en raison de nombreuses démarches entreprises, mais on n’en peut plus, se désole le coordonnateur, qui jalouse les universités McGill et Concordia de récolter la cotisation. On n’a pas le tiers de leurs ressources.» (Voir l’article Des appuis mitigés à deux groupes d’envergure à cet effet)

Bilan généralisé
La situation financière n’est guère plus reluisante dans les autres campus même s’ils possèdent la CANO. Encore faut-il qu’ils prouvent la nécessité de celle-ci par un long processus de négociation institutionnel. Le GRIP-McGill doit renouveler son accord avec l’Université tous les cinq ans afin d’assurer sa cotisation étudiante de 3,75 $ par session. Le référendum a lieu cette année et la coordinatrice interne, Anna Malla, craint de perdre le GRIP, le premier à être instauré à Montréal. «Notre campagne est bien organisée, mais l’extinction du groupe demeure une possibilité», mentionne l’étudiante débordée.

D’autant plus que McGill a annoncé en 2007 dans une lettre au GRIP que le mécanisme de CANO serait désormais en ligne. «Elle l’a fait sans même nous concerter», s’exaspère Anna Malla. Aujourd’hui, alors que le groupe manque d’argent, plus de 4 000 étudiants retirent leur contribution financière. Il ne suffit d’ailleurs que de sept clics pour priver sept associations, dont le GRIP et la radio de l’Université, de la majeure partie de son financement.

«Nous sommes dans une meilleure situation que l’UQAM en raison de notre CANO», indique le coordonnateur à la programmation du GRIP-Concordia, Jaggi Singh. Il faut dire que Concordia ne dispose que de deux associations étudiantes – une pour le premier cycle et une autre pour le deuxième – les procédures sont donc moins laborieuses. Pour pallier la situation financière difficile, le concordien propose une centralisation du réseau GRIP au Québec afin que chaque groupe se supporte mutuellement.

Pour l’instant, les groupes de McGill et Concordia se soutiennent en travaillant en étroite collaboration. «Nous avons des missions similaires, donc on partage certaines ressources et finances», soutient Jaggi Singh. Les deux universités anglaises comptent d’ailleurs entre une vingtaine et une trentaine de comités alors que l’UQAM n’en possède que sept. La coopération avec cette dernière est donc plus négligée pour le moment. Le Community-university research exchange (CURE) et Études en action sont parmi les plus importants projets de recherche qui unis les deux campus anglophones. Avec la CANO, le GRIP-UQAM souhaiterait se joindre à CURE et peut-être se munir d’une cuisine collective comme les deux autres GRIP.

L’association uqamienne n’est cependant pas au bout de ses peines. Elle a été contrainte par le Service à la vie étudiante de resserrer sa mission afin que les groupes étudiants aient des objectifs précis et complémentaires. «Celle des autres GRIP est plus large. Ils peuvent ainsi toucher à plus de sphères d’activités que nous. On est donc désavantagé, précise Michael Brophy. Certaines associations étudiantes ont peut-être peur qu’on manque de transparence dans nos revendications et prennent donc des décisions à leur avantage.»

Actualités financières du GRIP-UQAM
Reconnu groupe d’envergure depuis le printemps dernier, le GRIP-UQAM peut réclamer la précieuse contribution. En acquérant ce nouveau statut, l’organisation perd cependant les subventions du Service à la vie étudiante (SVE) qui totalise 8000 $ sur son budget annuel de 140 000 $ fourni, entre autres, par des fondations externes, des programmes de soutien à l’emploi étudiant ou d’appui à l’action environnementale. Une perte significative quand chaque tranche de 100 $ est comptée pour subsister. «On a des mesures de survie par-dessus la tête», s’agace l’un des coordonnateurs du GRIP, Michael Brophy.

Illustration par Stéphanie Proulx

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