BaromètreExercices de style

Thomas Dupont-Buist26 octobre 20112 min

Il est assez rare de voir du théâtre de mots à Montréal. Du théâtre où le décor n’existe pratiquement pas, où la gestuelle des acteurs importe peu et où l’éclairage ne sert qu’à attirer l’attention du spectateur sur le visage des acteurs. Il est encore plus rare de voir un théâtre sans histoire, sans début ni fin. C’est pourtant l’intéressante proposition de l’Espace Go jusqu’au 12 novembre 2011. Avec l’Oulipo show, on retourne le temps d’une soirée en 1988, aux débuts de la compagnie Ubu, question d’en fêter les 30 ans.

L’Oulipo, c’est l’Ouvroir de Littérature Potentielle, un mouvement de surréalistes ayant décidé d’écrire sous la contrainte, n’importe laquelle. «L’auteur oulipien est un rat qui construit lui-même le labyrinthe dont il se propose de sortir», disait Raymond Queneau. Il en faisait entre autres partie, avec George Perec, Italo Calvino et Jean Lescure. À l’époque Denis Marleau et sa bande d’Ubu avaient décidé de monter un spectacle basé majoritairement sur les Exercices de style de Raymond Queneau. Une idée un peu folle, étant donné l’absence complète de trame narrative. Ça avait pourtant merveilleusement fonctionné et c’est toujours le cas 23 ans plus tard.

Ne vous attendez pas à une pièce conventionnelle. Ici, on est dans la littérature expérimentale interprétée à voix haute. Et quelle interprétation! Carl Béchard, Pierre Chagnon, Bernard Meney et Danièle Panneton sont loin d’avoir perdu la main (ou devrais-je dire la langue?). Ces exercices langagiers nécessitent une diction hors pair et les acteurs nous semblent encore bien au-delà de ce niveau. On dirait presque qu’ils ont continué de répéter, chaque matin en se levant, un petit bout d’Oulipo show, juste pour garder la forme.

Ce spectacle est un véritable bonheur pour l’adepte du langage. On a souvent dit du théâtre de Denis Marleau qu’il est entièrement destiné aux oreilles. C’est parfaitement vrai. Sans passer par les 99 façons de raconter une même histoire, l’Oulipo show doit bien en couvrir la moitié. Vous entendrez donc la même histoire contée par deux acteurs finissant les mots de l’autre, avec un accent anglais, français, de façon injurieuse, olfactive et en aparté. Mais vraiment, il faut l’entendre pour comprendre la puissance de ce marathon des mots à la fois hilarant et impressionnant.

Oulipo show à L’Espace Go jusqu’au 12 novembre 2011.

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