Non classéCessez le feu, j’étudie!

Ils n’ont pas la fleur au fusil, mais les livres d’école sous le bras. Les militaires d’aujourd’hui ont la possibilité de poursuivre leur cursus scolaire sur les bancs des bases militaires grâce à la Télé-Université québécoise.
 
Qu’ils soient en Afghanistan à travailler à la reconstruction du pays ou en Haïti à aider les rescapés du séisme de l’année dernière, les militaires canadiens ont la possibilité d’étudier Freud, Newton ou Pythagore par le biais des universités à distance. Ils sont près de 500 étudiants-militaires par année qui, à défaut d’obtenir leur diplôme au sein des collèges militaires, poursuivent leur parcours académique à l’Université à distance de l’UQAM (TELUQ).
 
Julie Turcotte s’est enrôlée dans les Forces canadiennes à titre de commis de soutien à la gestion des ressources en juillet 2004, à l’âge de 22 ans. «Je souhaitais alors travailler à temps partiel dans un environnement stimulant tout en poursuivant mon certificat en communication à l’Université de Montréal», raconte la jeune femme. Elle termine son certificat au printemps 2005. Son diplôme en poche, elle devient journaliste militaire au sein des forces armées du pays. Ses nombreux déploiements l’empêchent toutefois de reprendre sa formation universitaire. À l’automne 2006, elle amorce finalement un baccalauréat à temps partiel en communication à l’Université à distance de l’UQAM, la TELUQ. «Mon objectif était d’avoir un baccalauréat, mais mon emploi au sein des Forces ne me permettait pas de me présenter de façon régulière à l’université, précise Julie Turcotte par courriel. Je suis présentement en Afghanistan pour une période de huit mois et on m’a envoyé en Haïti lors du tremblement de terre. Je suis souvent absente pour la moitié de l’année.» Malgré tout, elle réussit à suivre deux cours par année.
 
Mis en place vingt ans plus tôt, le Service d’accréditation et d’encadrement pour les militaires (SAEM) est offert exclusivement aux membres actifs et retraités des Forces canadiennes de l’armée régulière et des réservistes. «Développé sur mesure pour les soldats désirant poursuivre leur cursus scolaire en français, le SAEM leur donne la possibilité de poursuivre ou de reprendre leurs études par le biais de 70 programmes répartis sur les trois cycles», précise le directeur des études de la TELUQ, Louis Mathier. Ainsi, les militaires peuvent, entre autres, compléter une formation courte en gestion des risques, en psychologie ou un doctorat en informatique cognitive. Les membres actifs ou retraités des Forces canadiennes peuvent aussi faire reconnaître leur expérience au sein de l’armée du pays. «Par exemple, un militaire qui aurait passé sa vie en mer pourrait se faire créditer des cours de balistique», illustre le directeur adjoint pour l’innovation en apprentissage à l’Académie canadienne de défense, Michel Reid.
 
Seule université francophone civile à être en partenariat avec les Forces armées du pays, la TELUQ fait partie d’un réseau comprenant plusieurs universités réparties sur tout le territoire canadien. «Avant 2006, les Forces canadiennes faisaient affaire avec deux universités civiles, l’Université du Manitoba et la Télé-Université au Québec, expose Michel Reid. L’armée investissait directement dans ces universités pour qu’elles offrent un service personnalisé aux militaires.» Depuis mars 2006, le format a changé. Les universités d’un océan à l’autre sont ouvertes à tous les soldats, mais ce sont ces derniers qui doivent payer leurs frais de scolarités. Une fois leur formation complétée, ils sont alors remboursés par les Forces armées.
 
S’ils choisissent la Télé-Université, les soldats canadiens ont droit au même traitement que les étudiants réguliers. Accès facile aux personnes ressources, possibilité d’étudier à temps partiel, horaires souples, etc. Seules différences, les militaires ont la possibilité d’étirer leur cheminement sur une période de temps indéterminée et ils peuvent passer leurs examens sur leur  base militaire.
Les collèges militaires: faible choix, fort contingent
Les hauts gradés trouvent toutefois que la formation dispensée dans les collèges militaires est de meilleure qualité. «Les collèges militaires offrent une formation complète, indique Michel Reid, de l’Académie canadienne de défense. Les élèves-officiers sont amenés à développer leurs aptitudes autant sur les plans académique que physique. C’est une institution d’élite au point de vue de la formation.» Avec des programmes particulièrement contingentés, soit 260 étudiants admis chaque année, il n’est pas donné à tout le monde d’étudier dans ces écoles spécialisées. «Les soldats sont fortement encouragés à poursuivre leur scolarité. De nos jours, les diplômes de deuxième cycle facilitent la montée en grade. On pousse nos étudiants à postuler dans nos collèges, mais il n’y a que de rares élus en raison de nos critères de sélection», ajoute Michel Reid. 
 
Par ailleurs, les programmes offerts au Collège militaire royal du Canada (CMRC) ne sont pas adéquats pour tous les types de carrière. «Les programmes offerts au CMRC sont très spécifiques, expose la capitaine Johanne Lacroix, qui effectue présentement une maîtrise à la TELUQ. Ma branche étant le développement de l’instruction, je n’avais pas l’option d’aller au Collège militaire, parce qu’on ne l’enseigne tout simplement pas.» Le seul CMRC de niveau universitaire se trouve à Kingston, en Ontario. Il offre quatre domaines de formation qui vont de l’ingénierie à l’informatique en passant par les arts militaires et ceux de la guerre. 
 
Depuis 1870, le Collège militaire est le noyau éducatif des Forces canadiennes. Pour Julie Turcotte, journaliste militaire depuis cinq ans, poursuivre ses études au CMRC n’aurait pas été bénéfique pour sa carrière. «Les Collèges militaires sont excellents pour les futurs officiers de la Régulière, soutient-elle. En tant que membre du rang réserviste, il était toutefois plus avantageux pour moi de poursuivre mes études dans une université civile. Au lieu que ce soit moi qui court après mes professeurs, c’est la TELUQ qui me suit.»
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Nombre de militaires dans l’armée Régulière : ± 68 000
Nombre de militaires réservistes : un peu plus de 25 000

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