Non classéCrimes et sentiments

Guillaume Jacob9 mars 20113 min

Le 3 mars dernier, les parlementaires canadiens membres du Comité permanent de la sécurité publique et nationale ont reçu un invité spécial: William Asa Hutchinson. Cet ancien représentant républicain de l’Arkansas au Congrès américain a été à la tête de la célèbre Drug Enforcement Administration pendant les années Bush fils. Le crime, ça lui connaît. À cette époque, il était de ceux qui défendaient des peines plus sévères pour les criminels.

Mais c’est un constat d’échec qu’il est venu exposer aux députés canadiens.  «Nous avons fait quelques erreurs et j’espère que vous pourrez apprendre de ces erreurs», leurs a-t-il avoué. Chez nos voisins du Sud, un Américain sur 100 en âge d’être incarcéré est présentement derrière les barreaux. Dans les années 1970, c’était un sur 400. Des lois sévères adoptées durant les trente dernières années ont rempli les prisons, sans prévoir de programmes de réhabilitation dignes de ce nom. Plusieurs de ces lois prévoyaient des peines minimales particulièrement intransigeantes pour un plus grand nombre de crimes.

Aujourd’hui, Hutchinson a joint les rangs d’un groupe de politiciens conservateurs qui soutiennent le projet Right on crime, visant à réformer les systèmes pénal et correctionnel américains. Au nom de l’équité et du respect des contribuables, ils proposent une série de mesures pour diminuer les coûts astronomiques de la justice pénale américaine, évalués à 60 milliards par année.

Ce n’est pas un hasard si M. Hutchinson est venu faire une mise en garde à ce moment-ci. À Ottawa, en plus d’avoir déjà aboli le temps compté en double pour les prévenus en attente de procès, le gouvernement conservateur veut poursuivre ses retouches au Code criminel pour y inclure, notamment, des peines minimales plus sévères pour un plus grand nombre de crimes, des conditions plus sévères de remise en liberté et éliminer la détention à domicile pour certains crimes graves.

Si on continue de douter de l’efficacité de telles mesures pour diminuer la criminalité, les coûts qui y sont reliés font aussi l’objet d’âpres débats entre les partis à la Chambre des communes. Le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, affirme que le projet de loi C-25 (celui sur le temps compté en double), devrait coûter 2 milliards sur cinq ans. Or, Kevin Page, le directeur parlementaire du budget, a pour sa part prédit que, pour la même période, ce seul projet de loi coûtera plutôt dans les 10 milliards. Le directeur parlementaire au budget a d’ailleurs fortement critiqué le ministre Toews pour n’avoir jamais pu étayer clairement comment il en était arrivé à un tel calcul des coûts.

Le témoignage de M. Hutchinson et les chiffres avancés par le grand comptable du Parlement prouvent que nos élus disposent d’outils efficaces pour prendre des décisions éclairées, sur la base d’informations justes et pertinentes. Malheureusement, le gouvernement Harper veut visiblement mener à terme un engagement électoraliste qui ne promet aucunement d’améliorer la sécurité des Canadiens mais assure de leur coûter très cher.

Les thèmes de la sécurité et de la criminalité suscitent trop rarement des débats rationnels parmi les électeurs. Pourtant, les statistiques sont sans équivoque: les trente dernières années ont vu une baisse continue du taux de crimes violents. Le courage politique commanderait de jouer un rôle d’information, à tout le moins pour aviser la population des véritables coûts associés à un Code criminel plus coercitif. Malheureusement, le gouvernement de Stephen Harper semble avoir décidé de jouer avec les ficelles de la peur et de l’insécurité, deux sentiments qui font rarement bon ménage avec une gestion saine des deniers publics et la prise de décision éclairée.

Guillaume Jacob
societe.campus@uqam.ca

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