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Ameli Pineda31 janvier 20114 min
Qu’ont en commun Madonna, Céline Dion, Michael Jackson et Lady Gaga? Le personnificateur québécois Jimmy Moore. Son métier consiste à se glisser dans la peau des artistes les plus connus de la planète.
 Courtoisie: Jimmy Moore
 
C’est à vingt ans que Jimmy Moore découvre le métier de personnificateur. Captivé par un reportage télévisé, c’est le coup de foudre. Depuis dix ans, le Montréalais d’adoption mène une double vie, travaillant le jour comme conseiller à la vente, se métamorphosant la nuit en une dizaine de stars de la chanson. Mais attention, comme l’affirme sans concession le trentenaire, son véritable métier, c’est la scène, rien que la scène. Et son terrain de jeu, ce sont les planches du Cabaret Mado. 
 
Contrairement aux prestations de drag queen qui font la renommée de la salle de spectacle, Jimmy Moore s’éloigne de la caricature. Ce caméléon humain recherche le mimétisme parfait, tant au niveau des mouvements qu’au niveau du physique. «Ce n’est pas de la parodie, bien au contraire, c’est une volonté de rendre une illusion du réel», affirme-t-il. Après ses journées de travail, le personnificateur enchaîne aussitôt avec ses nombreuses heures d’entraînement.
 
Pour perfectionner ses imitations, Jimmy Moore doit se livrer à des heures de visionnements de concerts et vidéoclips pour maîtriser parfaitement les mimiques des vedettes. En 2008, durant la préparation d’un spectacle mettant en scène Céline Dion, le personnificateur avait même poussé l’effort jusqu’à suivre un régime strict pour avoir la taille de guêpe de la chanteuse.
Crise d’identité
Au départ, l’artiste se donnait pour défi de reproduire sur scène le charisme et le charme des icônes féminines de la chanson. Mais, à l’été 2009, la mort du roi de la pop Michael Jackson et les remous qui l’entourent le poussent à épouser les traits de sa première personnalité masculine. «Enfant, j’étais en admiration devant Michael Jackson, je m’imaginais faire les mêmes pas que la star. Au cours des dix dernières années, Michael Jackson n’était pas très in et les gens le trouvaient bizarre, alors je ne voyais pas l’intérêt de m’y attaquer.» Encouragé par son entourage, Jimmy Moore décide finalement d’enfiler les gants blancs de la défunte célébrité et de monter sur la scène du Cabaret Mado. En seulement quelques semaines, il prépare un spectacle qui connaîtra un succès foudroyant. «C’était vraiment incroyable, lance-t-il. L’hommage à Michael Jackson a été le spectacle que j’avais préparé le plus rapidement dans ma carrière et je ne m’étais pas fixé tant d’attentes. Pourtant, c’est un de mes spectacles les plus payants.» 
 
En plus de récolter les bravos de ses premiers fans – la communauté gaie –, le spectacle a aussi ouvert de nouveaux horizons à l’artiste, notamment auprès des familles. Un public loin de constituer les habitués du cabaret Mado et de ses drag queens… «Personnifier un homme m’a rendu moins freak! Le public a tout de suite eu une nouvelle perception de moi.» D’avoir ajouté à sa palette un rôle d’homme a éloigné les préjugés qu’ont de nombreux parents sur les transformistes. Le Cirque du Soleil l’a d’ailleurs contacté en décembre dernier pour présenter un numéro lors d’un spectacle privé. 
 
Son spectacle sur Michael Jackson, un grand succès, a été une oeuvre charnière qui a même poussé le personnificateur à vivre une crise d’identité. Cherchant à se défaire des préjugés auxquels ses personnages féminins l’avaient souvent cantonné, l’artiste décide d’abandonner son ancien nom de scène, V.Nus. Jimmy Moore naît alors. L’objectif? Renouer avec sa véritable personnalité d’artiste, jusqu’alors enterrée derrière ses costumes d’idoles vénérées. «Les gens m’oubliaient derrière mes imitations de Céline Dion, de Mariah Carey, ainsi de suite. Ils s’identifiaient aux stars et non à l’artiste que je suis. J’ai donc décidé d’inclure mon véritable prénom à mon nom d’artiste.»
Moore, ou toujours plus
Malgré son amour de la scène, Jimmy Moore reste très réaliste lorsqu’il s’agit de business. «Je suis rationnel, je fais ce métier parce que je veux percer et gagner ma vie avec ça. Le jour où ça ne me rapportera plus, j’ai un plan B. Je suis quelqu’un qui bouge. Je ne vais pas me contenter de faire un métier par passion sans pouvoir en vivre.»
 
En 2009, il fait une incursion dans la musique en sortant un single sous son ancien nom d’artiste V.Nus, qui connaît un succès modeste. Questionné sur son avenir musical, il précise qu’il le laisse entre les mains du destin. «Je ne dis pas non à la musique, mais ce sera en temps et lieu. En ce moment, j’ai d’autres projets». Parmi ces projets: l’écriture d’un livre, qui devrait être sur les tablettes l’an prochain. Une biographie, déjà, à trente ans? «Non», s’empresse-t-il de répondre. Il racontera plutôt des anecdotes et les défis qu’il a relevés durant sa carrière. Qui sait, peut-être que ceux-ci donneront le goût à un futur personnificateur de se glisser dans la peau de Jimmy Moore?

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