Non classéLes étudiants claquent la porte

Marie-Michele Sioui7 décembre 20103 min
La Rencontre des partenaires en éducation du lundi 6 décembre s’est terminée avec fracas, sans qu’aucune décision n’ait été prise concernant les modalités de la hausse des frais de scolarité après 2012.

Photo: Philippe Vincent-Foisy

Sur invitation de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, les partenaires du secteur de l’éducation devaient se concerter sur le financement de la formation universitaire, l’accessibilité financière aux études et la performance des universités. Mais plusieurs syndicats, regroupements de professeurs et associations étudiantes ont claqué la porte avant la fin des discussions.
La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a quitté la salle la première. Son président, Louis-Philippe Savoie, se désole de l’entêtement du gouvernement à imposer une hausse des frais aux étudiants. «Le gouvernement fait la sourde oreille, s’insurge-t-il. Il s’obstine à nous refiler la facture.» Plusieurs membres de l’Alliance sociale les ont rejoints dans la rue, comme la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et des regroupements de professeurs. Ils ont rejoint les quelques 3000 étudiants venus manifester dans les rues de la capitale.
Une des instigatrices de cette manifestation nationale, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), avait déjà décidé de boycotter la Rencontre. «C’était un piège, explique Gabriel Nadeau-Dubois, secrétaire aux communications de l’ASSE. Le gouvernement proposait des questions orientées. Pour nous, y participer équivalait à en cautionner la finalité, soit la hausse des frais de scolarité.»
L’ASSE dénonce le financement privé des universités, un des points discutés lors de la Rencontre. Elle qualifie ces dons «dirigés» d’obstacles au développement d’un savoir libre. «Des chaires de recherche de l’UQAM sont financées par des entreprises et baignent dans l’argent. Entre temps, il n’y a pas d’argent dans le fonds de fonctionnement de l’Université», soutient Gabriel Nadeau-Dubois.
Gestion déficiente
Parce qu’on lui a refusé l’accès à la Rencontre, Françoise David, présidente et porte-parole de Québec Solidaire, a aussi manifesté avec les étudiants. Alors que le gouvernement propose un débat sur les frais de scolarité, ses détracteurs rappellent que les universités sont avant tout mal gérées. «Avant de crier famine, il y a un ménage à faire pour économiser», affirme Françoise David. Elle dénonce notamment la diminution du nombre de professeurs et l’augmentation du nombre de cadres qu’elle observe à l’Université de Montréal. La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp a aussi rappelé la volonté du gouvernement d’être attentif à la façon dont l’argent alloué à l’éducation postsecondaire est dépensé. 
En attendant le dépôt du budget en mars, étudiants et syndicats promettent de demeurer actifs. «Nous espérons que le message a passé: nous ne reculerons pas tant que le gouvernement ne reculera pas», lance Gabriel Nadeau-Dubois. Pour l’instant, aucun représentant étudiant ne se prononce sur la possibilité d’une grève générale illimitée à la session d’hiver.
À la fin de la journée, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a rappelé aux médias que la hausse des frais de scolarité était déjà annoncée dans le dernier budget. Toutefois, avant le budget de mars prochain, aucune décision ne devrait être prise quant à l’utilisation des revenus supplémentaires générés par ces hausses.
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En chiffres
– Les universités québécoises accusent un sous-financement d’environ 600 millions de dollars lorsqu’on les compare aux autres universités canadiennes, selon la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec.
– Les étudiants québécois paient environ 13% du coût de leurs études. La moyenne est de 25% dans le reste du Canada, d’après les chiffres du ministère de l’Éducation.
– Une récente étude de la FEUQ sur les sources et modes de financement des étudiants indique que la moitié des universitaires à temps plein vivent avec moins de 12 200 $ par année et un quart avec moins de 7 400 $.

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